Immigration et élections municipales
Immigration et élections municipales

Table des matières
L’essentiel
L’ESSENTIEL
• Entre 2006 et 2022, le nombre total d’immigrés dans la population française a augmenté de 37%, passant de 5 136 000 (8,1% de la population) à 7 029 000 (10,3% de la population) de personnes.
• Dans de nombreuses villes où l’immigration était jusqu’alors peu représentée, l’évolution relative de la part des immigrés dans la population est parfois extrêmement importante (jusqu’à une multiplication par 8). Ce phénomène est principalement visible dans le Grand ouest qui, récemment encore, ne comptait qu’une très faible part d’immigrés dans sa population.
• Par ailleurs les villes ayant connu la plus forte hausse de la part absolue d’immigrés dans leur population (+7 points en moyenne pour les 20 villes où la part a le plus augmenté) étaient des villes où la part des immigrés était déjà très élevée (30% en moyenne).
• 95% des villes de France métropolitaine de plus de 15 000 habitants ont vu la part des immigrés dans leur population augmenter, avec une hausse moyenne de 3,79 points.
• Sur l’ensemble du territoire, les immigrés vivent significativement plus souvent dans le parc social que le reste de la population, cependant des disparités locales existent. Par exemple, à Rillieux-la-Pape, 69% des ménages immigrés sont logés en HLM et à Clichy-sous-bois, 64% des HLM sont occupés par des ménages immigrés.
• Si les Maires ne décident pas de la politique d’immigration, ceux-ci disposent de plusieurs leviers d’action à ce propos :
o Les subventions octroyées aux associations favorisant l’immigration,
o Les politiques du centre communal d’action sociale (CCAS) et du logement social, et les aides matérielles accordées aux personnes immigrées. Dans un contexte où le taux de pauvreté des étrangers extra-européens est 4 fois supérieur à celui des Français en 2020 (47,6% contre 11,5%), les politiques sociales (HLM, CCAS etc…) jouent un rôle d’attractivité particulier,
o Les avis du Maire rendus à l’occasion de certaines démarches administratives des étrangers : les attestations d’accueil dans le cadre d’une visite privée ou familiale, les demandes de regroupement familial (conditions de ressources et de taille du logement) ou d’une carte de résident (critère de l’intégration républicaine).
Introduction
A l’approche des élections municipales, la figure du maire conserve largement la confiance des Français. D’après un sondage IPSOS, 69% d’entre eux déclarent avoir confiance en leur maire1, ce qui en fait l’élu perçu comme le plus crédible.
L’immigration étant l’un des sujets de préoccupation majeure de l’ensemble de la population et un déterminant du vote pour nombre de nos concitoyens2, nous chercherons ici à l’appréhender à l’échelle communale, tant dans ses enjeux décisionnels que socio-économiques et démographiques.
Ainsi, nombreux sont les Français qui estiment que la composition de la population a changé, et que l’immigration est trop importante3, un avis partagé par plus de 70% de la population.
Si les municipalités ne peuvent pas décider de la politique migratoire, essentiellement élaborée à l’échelle nationale voire européenne, elles peuvent tout de même jouer un rôle au sein de leur territoire afin d’y intensifier ou d’y restreindre l’installation d’immigrés.
Les changements démographiques à l’œuvre, quelle qu’en soit l’échelle, en entrainent d’autres, en matière de logement, d’emploi ou d’enseignement qui ont des impacts sur la vie communale.
Ainsi, se désintéresser des phénomènes migratoires dans le cadre d’élections, fussent-elles municipales, ne semble ni pertinent ni souhaitable.
Afin d’étayer cette étude et de permettre à chacun de visualiser les chiffres de l’immigration et leurs variations à l’échelle communale – et même parfois à celle des zones IRIS (« Ilots Regroupés pour l’Information Statistique ») offrant un niveau de détail supérieur à la commune – nous avons collecté l’ensemble des données publiques de recensement pour en faire une cartographie dynamique. Celle-ci permet de comprendre, suivant différents paramètres, l’évolution et les implications de l’immigration dans ces espaces.
L’outil se fonde sur les données disponibles sur le site de l’INSEE issues du recensement de 2022, et des précédents, ainsi que sur les micro-données agrégées dudit recensement qui comportent les mentions de l’âge, du pays de naissance, du type d’habitation (logement social ou non), de l’emploi et de nombre d’autres données.
Le choix de l’année 2006 et de l’années 2022 correspondent aux recensements le plus ancien et le plus récent, dont les données sont intégralement disponibles.
1 – État des lieux de l’immigration dans les communes en France
1.1 Une augmentation globale qui masque des disparités locales
Entre 2006 et 2022, le nombre total d’immigrés dans la population française a cru de 37%, passant de 5 136 000 (8,1% de la population) à 7 029 000 (10,3% de la population) de personne4.
Néanmoins, cette augmentation de la part des immigrés dans la population générale en à peine 15 ans ne se traduit pas de la même manière sur l’ensemble du territoire.
A l’échelle départementale, elle est par exemple passée de 1,7% à 2,7% (1 point d’écart) de la population en Vendée ou encore de 2,2 à 2,6% (0,4 point d’écart) de la population dans le Pas-de-Calais tandis qu’elle est passée de 26,5 à 31,1% en Seine-Saint-Denis (4,6 points).
Il est intéressant de constater que dans la majeure partie des cas, l’accroissement en points de la part des immigrés dans la population est corrélé avec une forte présence initiale. Autrement dit, les espaces au sein desquels le nombre d’immigrés a le plus cru entre 2006 et 2022 étaient déjà des espaces de forte présence immigrée en 2006.
Cela peut en partie être au moins partiellement expliqué par des effets diasporiques largement documentés, notamment dans les travaux du géographe Michel Bruneau5 et par la notion de « chaîne migratoire »6 théorisée par MacDonald. Ces thèses expliquent que les réseaux diasporiques déjà présents en un lieu tendent à favoriser l’installation de nouveaux membres de leurs communautés. Le démographe Gérard-François Dumont – membre du conseil scientifique de l’OID – résume cela en une phrase « À partir du moment où des membres d’une communauté s’installent quelque part, ils jouent le rôle de guichet d’accueil pour d’autres personnes de la même origine »7.
A l’échelle des villes, les mêmes phénomènes de regroupement sont partiellement observables.
En ne retenant que les villes de plus de 15 000 habitants8 afin d’écarter les chiffres de croissance extrêmes induits par les petits groupes, une part très majoritaire des communes françaises a vu sa population immigrée croître ; entre 2006 et 2022, c’est le cas de 95% des villes de cette strate (628 d’entre elles sur 660). La hausse moyenne est de 3,79 points de pourcentage, contre 2,2 à l’échelle nationale.
Ainsi, l’idée se confirme selon laquelle l’immigration se concentre largement dans les aires urbaines, notamment du fait du dynamisme économique, de la disponibilité des logements mais également du fait des phénomènes diasporiques déjà évoqués.
Afin de comprendre au mieux le phénomène, il convient d’observer les villes au sein desquelles l’augmentation a été la plus forte, afin de déceler des constantes.
Toujours parmi les communes de plus de 15 000 habitants, la moyenne d’augmentation de la population immigrée dans les 20 communes comptant la plus grande part d’immigrés en 2022 est de 7 points par rapport à 2006, alors que l’augmentation moyenne nationale est de l’ordre de 2,2 points (et de 3,65 points pour les villes de cette strate).
En effet, les 20 communes de plus de 15 000 habitants comptant en 2022 la plus grande proportion d’immigrés affichaient une moyenne de 30,6% en 2006 (11,2% pour l’ensemble des villes de plus de 15 000 habitants) contre 37,6% en 2022 (14,8% pour l’ensemble des villes de plus de 15 000 habitants)
La hausse connue par ces villes s’avère ainsi près de deux fois supérieure à la moyenne nationale, témoignant de l’attractivité migratoire des diasporas déjà présentes.
A l’inverse, l’augmentation est seulement de 0,9 point en moyenne sur les 20 communes de plus de 15 000 habitants comptant la plus faible part d’immigrés dans leur population – cette proportion passant de 1,4% à 2,3%.
Ainsi, nous pouvons nous apercevoir qu’en moyenne, les villes à forte concentration d’immigration tendent à connaître une plus forte hausse de la part d’immigrés dans leur population.
De même, les 20 villes connaissant les plus fortes hausses en points sont des villes dans lesquelles les proportions initiales de population immigrée étaient déjà très supérieures à la moyenne. Cette proportion y était en moyenne de 19,4% en 2006 contre 11,5% pour l’ensemble des villes de la même strate.
Il n’en demeure pas moins que certains contre exemples subsistent, notamment du fait de la gentrification qui tend à pousser les moins riches (catégorie comprenant une large part d’immigrés9) hors de certaines villes de proche banlieue parisienne.
Il en est ainsi de Saint-Ouen dont la part d’immigrés a décru de 3,2 points entre 2006 et 2022 et qui connaît un important phénomène de gentrification10 largement documenté. Les immigrés présentant – en moyenne – de moins hauts revenus se trouvent mécaniquement écartés de ces espaces dans lesquels le prix du foncier augmente tout comme celui des commerces avec l’arrivée d’habitants plus aisés.
De la même manière, il peut advenir qu’une faible augmentation du nombre d’immigrés découle en réalité du poids relatif des descendants d’immigrés dans une commune. Ainsi, dans des villes où la population d’immigrés et de leurs descendants représente une très forte part de la population, il devient mécaniquement plus difficile de la voir augmenter.
Afin de comprendre les dynamiques au sein de chaque type de villes, les tableaux ci-dessous détaillent les villes de chaque strate dans lesquelles la hausse de la proportion d’immigrés (en point de pourcentage dans la population, valeur absolue) a été la plus importante entre 2006 et 2022.
- Voici le classement des vingt grandes villes (Plus de 100 000 habitants) dans lesquelles l’augmentation de l’immigration (en point de pourcentage dans la population11, valeur absolue) a été la plus forte entre 2006 et 2022 :
| Ville | Population immigrée en 2022 | Population immigrée en 2006 | Points d’augmentation |
| Argenteuil | 30,6 % | 23,7 % | 6,9 |
| Metz | 18,6 % | 11,7 % | 6,9 |
| Rouen | 14,0 % | 7,6 % | 6,4 |
| Saint-Étienne | 19,3 % | 12,9 % | 6,4 |
| Orléans | 19,7 % | 13,7 % | 6,0 |
| Le Mans | 10,9 % | 5,0 % | 5,9 |
| Nice | 20,8 % | 15,2 % | 5,7 |
| Rennes | 12,5 % | 7,1 % | 5,4 |
| Mulhouse | 26,4 % | 21,1 % | 5,3 |
| Caen | 10,0 % | 5,0 % | 5,1 |
| Nantes | 12,1 % | 7,1 % | 5,0 |
| Clermont-Ferrand | 16,8 % | 11,9 % | 4,9 |
| Reims | 12,8 % | 7,9 % | 4,9 |
| Limoges | 12,9 % | 8,1 % | 4,9 |
| Angers | 11,0 % | 6,1 % | 4,8 |
| Strasbourg | 23,2 % | 18,6 % | 4,6 |
| Tours | 12,2 % | 7,6 % | 4,6 |
| Dijon | 12,6 % | 8,1 % | 4,5 |
| Lille | 14,5 % | 10,0 % | 4,5 |
| Perpignan | 17,8 % | 13,4 % | 4,5 |
Au regard de l’ensemble des données, nous pouvons nous apercevoir que la hausse (en points de pourcentage au sein de la population) concerne davantage les villes petites et moyennes que les grandes villes (ici, plus de 100 000 habitants). Cela est probablement lié à la taille des populations desdites agglomérations.
De plus les comparaisons sont rendues plus difficiles entre les grandes villes dans la mesure où l’échantillon de villes de cette strate est particulièrement restreint avec moins de 50 cas en France.
- Voici le classement des vingt villes moyennes (15 000 à 100 000 habitants12) dans lesquelles l’augmentation de l’immigration (en point de pourcentage dans la population, valeur absolue) a été la plus forte entre 2006 et 2022 :
| Ville | Population immigrée en 2022 | Population immigrée en 2006 | Points d’augmentation |
| Villeneuve-Saint-Georges | 39,5 % | 24,3 % | 15,3 |
| Saint-Louis | 34,4 % | 21,0 % | 13,4 |
| Ris-Orangis | 28,9 % | 16,6 % | 12,2 |
| Chilly-Mazarin | 23,8 % | 12,0 % | 11,7 |
| Juvisy-sur-Orge | 27,0 % | 15,3 % | 11,7 |
| Longwy | 27,7 % | 16,4 % | 11,3 |
| Cergy | 29,7 % | 18,9 % | 10,8 |
| Marseille 3e Arrondissement | 34,0 % | 23,6 % | 10,5 |
| La Courneuve | 47,6 % | 37,2 % | 10,4 |
| Le Blanc-Mesnil | 36,3 % | 26,2 % | 10,1 |
| Saint-Julien-en-Genevois | 30,4 % | 20,6 % | 9,8 |
| Neuilly-sur-Marne | 26,8 % | 17,0 % | 9,8 |
| Orly | 28,7 % | 19,1 % | 9,6 |
| Saint-Michel-sur-Orge | 20,3 % | 10,8 % | 9,5 |
| Le Bourget | 39,0 % | 29,9 % | 9,2 |
| Marseille 15e Arrondissement | 27,7 % | 18,7 % | 9,0 |
| Melun | 27,1 % | 18,2 % | 8,9 |
| Tarascon | 20,4 % | 11,5 % | 8,9 |
| Deuil-la-Barre | 23,1 % | 14,2 % | 8,8 |
| Le Mée-sur-Seine | 24,9 % | 16,2 % | 8,8 |
Ces dernières se concentrent assez largement dans la périphérie des grandes métropoles, à l’instar de Villeneuve-Saint-Georges, Orly, La Courneuve, Chilly-Mazarin ou encore Cergy, toutes dans l’orbite parisien.
Celles-ci sont passée de 19,4% d’immigrés en moyenne en 2006 (11,3% en moyenne pour l’ensemble des villes de la strate) à 29,9% en 2022.
Cette tendance confirme que les plus fortes hausses absolues se concentrent dans des villes présentant des parts de population immigrée initialement très supérieures à la moyenne. Ici, 70% plus important.
- Classement des vingt bourgs et petites villes (3000 à 15 000 habitants) dans lesquels l’augmentation de l’immigration (en point de pourcentage dans la population, valeur absolue) a été la plus forte entre 2006 et 2022 :
| Ville | % d’immigrés en 2022 | % d’immigrés en 2006 | Points d’augmentation |
| Villerupt | 38,9 % | 18,8 % | 20,1 |
| Audun-le-Tiche | 34,2 % | 17,1 % | 17,2 |
| Ottange | 30,5 % | 14,5 % | 16,0 |
| Pauillac | 22,8 % | 8,5 % | 14,3 |
| Gaillard | 39,0 % | 24,8 % | 14,1 |
| Rubelles | 19,0 % | 6,3 % | 12,7 |
| La Ricamarie | 21,3 % | 9,6 % | 11,8 |
| Veigy-Foncenex | 35,8 % | 24,3 % | 11,5 |
| Ambilly | 28,9 % | 17,4 % | 11,5 |
| Viry | 26,7 % | 15,2 % | 11,5 |
| Le Port-Marly | 23,9 % | 12,5 % | 11,4 |
| Huningue | 29,1 % | 17,9 % | 11,2 |
| Herserange | 33,5 % | 22,5 % | 11,0 |
| La Ferté-sous-Jouarre | 19,9 % | 9,0 % | 10,9 |
| Les Houches | 19,6 % | 8,7 % | 10,9 |
| Castelnaudary | 18,8 % | 8,0 % | 10,8 |
| Meulan-en-Yvelines | 19,7 % | 9,4 % | 10,4 |
| Nangis | 19,9 % | 9,6 % | 10,3 |
| Eauze | 20,4 % | 10,2 % | 10,2 |
Il est à noter que parmi les villes de cette strate dont la population immigrée a le plus augmenté, plusieurs sont des villes frontalières. En revanche, ce phénomène s’estompe dans les villes de la strate supérieure.
La hausse moyenne y est de 12,4 points de pourcentage (1,3 points en moyenne pour les villes de cette strate) et la part moyenne des immigrés est passée de 13,3% (7,4% en moyenne pour les villes de cette strate) en 2006 à 25,7% (6,8% en moyenne dans cette strate) en 2022.
Augmentations relatives :
L’augmentation relative de la part des immigrés est également un sujet majeur car elle permet de constater des changements notables, notamment dans des villes où la part initiale de la population immigrée était en 2006 très faible et où les taux multiplicateurs sont parfois très importants.
La hausse relative de la part des immigrés dans la population est particulièrement perceptible dans l’ouest du pays, spécialement dans des espaces qui, jusqu’alors ne comptaient qu’une très faible part d’immigrés.
Ces espaces ont connu des multiplications importantes de leur population immigrée du fait de plusieurs facteurs conjugués.
La diffusion de l’immigration dans le Grand Ouest, jusqu’alors très peu sujet à ce phénomène peut partiellement s’expliquer de plusieurs manières.
En effet, la saturation de certaines capacités d’accueil dans le cœur de l’agglomération parisienne a pu générer un déplacement de la demande vers des territoires plus excentrés, restant cependant à la portée des réseaux de diaspora et des services offerts dans la grande métropole parisienne. Cet effet de saturation francilienne a aussi pu jouer un rôle dans l’orientation de l’immigration vers les métropoles de l’Ouest et leurs agglomérations immédiates, dont les capacités d’accueil connaissaient une moindre tension dans les années 2000.
Un certain nombre des villes ont également accueilli sur leur territoire un ou plusieurs dispositifs d’hébergement mis en œuvre dans le cadre du dispositif national d’accueil des personnes demandant l’asile et des réfugiés (DNA).
Comme le résume la Cimade : « le parc d’hébergement est principalement situé en Ile- de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Grand Est qui sont les trois principales régions métropolitaines qui enregistrent le plus grand nombre de demandes. Cependant, ce sont les régions Pays de la Loire, Bretagne, Nouvelle Aquitaine et Occitanie qui ont connu le plus grand nombre de créations, ces dix dernières années.13 ».
- Communes de plus de 100 000 habitants
| Ville | Département | Immigration 2006 | Immigration 2022 | Hausse relative |
| Le Mans | 72 | 5,0 % | 10,9 % | 118% |
| Brest | 29 | 3,9 % | 8,2 % | 113% |
| Caen | 14 | 5,0 % | 10,0 % | 101% |
| Rouen | 76 | 7,6 % | 14,0 % | 84% |
| Angers | 49 | 6,1 % | 11,0 % | 79% |
| Rennes | 35 | 7,1 % | 12,5 % | 75% |
| Nantes | 44 | 7,1 % | 12,1 % | 71% |
| Le Havre | 76 | 6,4 % | 10,6 % | 66% |
| Reims | 51 | 7,9 % | 12,8 % | 62% |
| Amiens | 80 | 7,2 % | 11,6 % | 62% |
| Limoges | 87 | 8,1 % | 12,9 % | 60% |
| Tours | 37 | 7,6 % | 12,2 % | 60% |
| Metz | 57 | 11,7 % | 18,6 % | 59% |
| Dijon | 21 | 8,1 % | 12,6 % | 56% |
| Saint-Étienne | 42 | 12,9 % | 19,3 % | 49% |
| Lille | 59 | 10,0 % | 14,5 % | 45% |
| Orléans | 45 | 13,7 % | 19,7 % | 44% |
| Clermont-Ferrand | 63 | 11,9 % | 16,8 % | 41% |
| Nancy | 54 | 9,2 % | 13,0 % | 41% |
| Nice | 06 | 15,2 % | 20,8 % | 37% |
Ici, les villes de l’ouest de la France connaissent une importante surreprésentation, liée notamment aux nouvelles répartitions des arrivants.
Parmi les 48 villes de plus de 100 000 habitants que compte la France – en comprenant les arrondissements de Paris et de Marseille – 44 ont connu une hausse de la part des immigrés dans leur population. A l’inverse, 4 ont connu une baisse, du fait essentiellement de la gentrification (Paris 18e Arrondissement, Montreuil, Paris 19e Arrondissement et Paris 11e Arrondissement).
En moyenne, les villes de cette strate ont vu la part d’immigrés au sein de leur population augmenter de 38%.
- Communes de 15 000 à 100 000 habitants
| Ville | Département | Immigrés en 2006 | Immigrés en 2022 | Hausse relative |
| Lamballe-Armor | 22 | 1,1 % | 4,4 % | 312% |
| Sainte-Luce-sur-Loire | 44 | 2,6 % | 9,3 % | 255% |
| La Chapelle-sur-Erdre | 44 | 1,7 % | 5,2 % | 206% |
| Bressuire | 79 | 3,0 % | 8,9 % | 202% |
| Carquefou | 44 | 1,9 % | 5,7 % | 197% |
| Vertou | 44 | 1,5 % | 4,4 % | 189% |
| Ambarès-et-Lagrave | 33 | 3,7 % | 10,6 % | 184% |
| Fougères | 35 | 2,0 % | 5,6 % | 184% |
| Bruz | 35 | 2,1 % | 5,9 % | 183% |
| Saint-Lô | 50 | 2,0 % | 5,7 % | 181% |
| Rezé | 44 | 3,0 % | 7,8 % | 165% |
| Libourne | 33 | 4,3 % | 11,3 % | 162% |
| Bouguenais | 44 | 2,4 % | 6,2 % | 158% |
| Saint-Sébastien-sur-Loire | 44 | 2,6 % | 6,6 % | 151% |
| Vitré | 35 | 2,2 % | 5,5 % | 150% |
| Les Herbiers | 85 | 2,1 % | 5,3 % | 148% |
| La Flèche | 72 | 1,2 % | 2,8 % | 133% |
| Lorient | 56 | 4,1 % | 9,5 % | 131% |
| Segré-en-Anjou Bleu | 49 | 1,1 % | 2,5 % | 131% |
| La Roche-sur-Yon | 85 | 3,3 | 7,6 % | 130 % |
Pour cette strate de villes, les taux d’augmentation relative peuvent être très importants
La concentration géographique dans les départements de l’ouest est particulièrement frappante.
Sur 612 villes de cette strate étudiée (en métropole), 579 ont connu une hausse de la part des immigrés au sein de leur population (dont 205 ont connu une hausse de plus de 50%) tandis que 4 ont connu une stagnation de cette part et 26 une baisse.
La hausse moyenne de la part des immigrés au sein de la population des villes de cette strate est de 45%.
- Communes de 3000 à 15 000 habitants
| Ville | Département | Immigrés en 2006 | Immigrés en 2022 | Hausse relative |
| La Guerche-de-Bretagne | 35 | 1,3 % | 11,1 % | 727% |
| Vezin-le-Coquet | 35 | 1,7 % | 11,8 % | 579% |
| Cesson | 77 | 1,5 % | 9,9 % | 549% |
| Saint-Méen-le-Grand | 35 | 0,9 % | 5,4 % | 501% |
| La Souterraine | 23 | 1,1 % | 6,1 % | 458% |
| Buzançais | 36 | 1,0 % | 5,3 % | 410% |
| Maen Roch | 35 | 1,1 % | 5,5 % | 408% |
| Le Rheu | 35 | 1,9 % | 8,9 % | 360% |
| Vivonne | 86 | 1,2 % | 4,9 % | 321% |
| Orgères | 35 | 1,5 % | 6,2 % | 317% |
| Saint-Gilles | 35 | 1,1 % | 4,5 % | 310% |
| Montgermont | 35 | 1,3 % | 5,4 % | 308% |
| Villedieu-les-Poêles-Rouffigny | 50 | 0,8 % | 3,1 % | 294% |
| Ruffec | 16 | 2,6 % | 10,1 % | 293% |
| Chavagne | 35 | 1,4 % | 5,3 % | 289% |
| Hirson | 02 | 1,2 % | 4,5 % | 287% |
| Corps-Nuds | 35 | 1,2 % | 4,5 % | 269% |
| Pontivy | 56 | 2,3 % | 8,6 % | 268% |
| Saint-Philbert-de-Bouaine | 85 | 0,6 % | 2,1 % | 265% |
| Retiers | 35 | 1,2 % | 4,3 % | 260% |
Les augmentations relatives de la part des immigrés dans les communes moyennes vont jusqu’à un facteur 8, pour la Guerche-de-Bretagne.
Les villes de cette strate ont connu une hausse moyenne de la part d’immigrés au sein de leur population de 40% entre 2006 et 2022.
Ainsi, 11 communes parmi les 20 communes de 3000 à 15 000 habitants dont l’augmentation relative du nombre d’immigrés a été la plus forte sont situées en Ille-et-Vilaine.
Ces faits témoignent d’une diffusion de l’immigration dans des espaces d’où elle était jusqu’alors presque absente.
1.2 Le logement
Le fait, largement attesté, selon lequel les immigrés sont surreprésentés dans les logements sociaux se vérifie à l’échelle locale et, suivant les villes, dépasse les taux de surreprésentation constatés à l’échelle nationale.
Parmi les 20 villes – de plus de 15 000 habitants – comprenant la plus forte part d’immigrés logés en HLM, il est intéressant de noter que 63% des ménages dont la personne de référence14 est immigrée logent dans le parc social tandis qu’en moyenne, en France de 35% des immigrés vivaient en HLM en 202315.
Sur les 660 villes de plus de 15 000 habitants considérées, 397 (60% d’entre elles environ) comptent plus du tiers de leurs ménages immigrée16 vivant en HLM.
Les villes au sein desquelles la part des immigrés en HLM est importante ont parallèlement connu une hausse notable de la part de leur population immigrée entre 2006 et 2022.
La croissance relative de la population immigrée y est très forte. En moyenne, la part des immigrés au sein de la population de ces 20 villes a augmenté de 66% entre 2006 et 2022 (contre 44% pour les villes de cette strate) pour atteindre, en moyenne 15,3% (hausse de 5,3 points, contre 3,7 en moyenne dans la strate) de leur population en 2022.
Il est ainsi évident que la part des immigrés obtenant un HLM dans une ville est étroitement corrélée à l’attractivité migratoire de ladite ville.
- Villes de plus de 15 000 habitants, part ménages dont la personne de référence est immigrée vivant en HLM :
| Ville | Département | Part des immigrés 2022 | Part des ménages dont la personne de référence est immigrée logés en HLM | Hausse relative de la part des immigrés entre 2006 et 2022 |
| Rillieux-la-Pape | 69 | 21,5 % | 69 % | 50% |
| Lucé | 28 | 14,5 % | 68 % | 64% |
| Saint-Pierre-des-Corps | 37 | 19,7 % | 68 % | 66% |
| Villefontaine | 38 | 16,4 % | 67 % | 55% |
| Blois | 41 | 18,2 % | 65 % | 37% |
| Bagneux | 92 | 28,0 % | 64 % | 40% |
| Le Port | 97 | 4,9 % | 64 % | 45% |
| Sotteville-lès-Rouen | 76 | 10,5 % | 62 % | 107% |
| Grande-Synthe | 59 | 15,3 % | 62 % | 38% |
| Laon | 02 | 9,0 % | 62 % | 100% |
| Guyancourt | 78 | 17,7 % | 61 % | 49% |
| Villeneuve-la-Garenne | 92 | 28,2 % | 61 % | 12% |
| Saint-Lô | 50 | 5,7 % | 61 % | 181% |
| Évreux | 27 | 17,0 % | 61 % | 72% |
| Bourg-en-Bresse | 01 | 17,6 % | 61 % | 86% |
| Le Grand-Quevilly | 76 | 7,1 % | 60 % | 30% |
| Échirolles | 38 | 22,7 % | 60 % | 36% |
| Chaumont | 52 | 7,8 % | 60 % | 55% |
| Châteauroux | 36 | 11,5 % | 60 % | 84% |
| Alençon | 61 | 12,1 % | 59 % | 107% |
Si la part des immigrés accédant à un logement HLM est corrélé à l’augmentation de la part de la population immigrée dans les villes, un autre indicateur peut être étudié : la part des HLM occupés par des ménages immigrés.
Cette mesure reflète une réalité différente mais pèse directement sur le consentement à l’impôt des personnes qui financent lesdits logements et, parfois, ne peuvent y avoir accès faute de places disponibles.
- Part des HLM occupés par des ménages dont la personne de référence est immigrée – communes de plus de 15 000 habitants :
| Ville | Département | Part immigrés 2022 | Part des HLM occupés par un ménage dont la personne de référence est immigrée |
| Clichy-sous-Bois | 93 | 37,3 % | 64 % |
| Carrières-sur-Seine | 78 | 15,8 % | 60 % |
| Les Mureaux | 78 | 32,5 % | 58 % |
| Mantes-la-Jolie | 78 | 30,6 % | 56 % |
| Montfermeil | 93 | 25,0 % | 56 % |
| La Courneuve | 93 | 47,6 % | 56 % |
| Oyonnax | 01 | 32,7 % | 56 % |
| Aubervilliers | 93 | 45,4 % | 56 % |
| Grigny | 91 | 38,9 % | 56 % |
| Sevran | 93 | 34,5 % | 53 % |
| Saint-Denis | 93 | 37,9 % | 53 % |
| Sarcelles | 95 | 35,4 % | 52 % |
| Épinay-sur-Seine | 93 | 35,2 % | 52 % |
| Saint-Julien-en-Genevois | 74 | 30,4 % | 52 % |
| Goussainville | 95 | 32,7 % | 52 % |
| Bobigny | 93 | 38,2 % | 52 % |
| Villeneuve-Saint-Georges | 94 | 39,5 % | 51 % |
| Bondy | 93 | 34,5 % | 51 % |
| Villiers-le-Bel | 95 | 35,3 % | 51 % |
| Garges-lès-Gonesse | 95 | 37,3 % | 50 % |
Mécaniquement, les villes dont la part de HLM occupés par des ménages immigrés est la plus forte sont également des villes dont la population immigrée est importante, 34,8% en moyenne.
Pour autant, dans ces 20 villes, ils occupent en moyenne 54% des HLM, soit une surreprésentation de 19 points.
Il est également à noter que les descendants d’immigrés de deuxième génération (non pris en compte dans ces statistiques) connaissent une surreprésentation majeure au sein du parc social, 27% d’entre eux y étant locataires17 à l’échelle du pays.
Par ailleurs, dans les villes de plus de 15 000 habitants, 29% des HLM en moyenne sont occupés par des ménages dont la personne de référence est immigrée pour une part moyenne de 15,2% d’immigrés dans lesdites communes.
Ainsi, les HLM y sont environ deux fois plus occupés par des ménages dont la personne de référence est immigrée que la part réelle de l’immigration au sein de la population.
1.3 Le travail
Les villes de plus de 15 000 habitants comportant la plus grande part d’immigrés sans emploi – ici, part des immigrés sans emploi/population de plus de 15 ans – (étudiants + retraités)18 – présentent quant à elles des taux d’immigrés au sein de leur population extrêmement variables.
Ainsi, la ville de Calais, dont 61% des immigrés ne sont pas en emploi, ne compte que 4% d’immigrés dans sa population, soit nettement moins que la moyenne française. En revanche, le 15e arrondissement de Marseille et ses 60% d’immigrés sans emploi comporte une large part de population immigrée, 27,7%.
| Ville | Département | Part des immigrés dans la population | Part des immigrés sans emploi | Part des non immigrés sans emploi |
| Grande-Synthe | 59 | 15,3 % | 66 % | 39 % |
| Calais | 62 | 4,0 % | 61 % | 37 % |
| Marseille 15e Arrondissement | 13 | 27,7 % | 60 % | 43 % |
| Alès | 30 | 9,6 % | 59 % | 38 % |
| Laon | 02 | 9,0 % | 58 % | 38 % |
| Denain | 59 | 9,9 % | 58 % | 49 % |
| Saint-Dié-des-Vosges | 88 | 11,0 % | 58 % | 35 % |
| Maubeuge | 59 | 14,0 % | 58 % | 43 % |
| Sedan | 08 | 7,4 % | 57 % | 42 % |
| Tarascon | 13 | 20,4 % | 57 % | 34 % |
| Firminy | 42 | 14,8 % | 57 % | 28 % |
| Avion | 62 | 5,6 % | 57 % | 36 % |
| Sin-le-Noble | 59 | 5,9 % | 56 % | 35 % |
| Liévin | 62 | 3,9 % | 56 % | 36 % |
| Marseille 14e Arrondissement | 13 | 21,1 % | 56 % | 41 % |
| Morlaix | 29 | 6,3 % | 56 % | 28 % |
| Béziers | 34 | 16,3 % | 56 % | 38 % |
| Perpignan | 66 | 17,8 % | 56 % | 39 % |
| Marseille 1er Arrondissement | 13 | 29,3 % | 55 % | 30 % |
| Montceau-les-Mines | 71 | 11,8 % | 55 % | 32 % |
La part moyenne des immigrés sans emploi y est de 58%, tandis que la part des non immigrés sans emploi y est de 37% en moyenne. Certes, il s’agit donc d’espaces économiquement peu dynamiques, marqués par un fort taux global d’inactivité, mais la différence de près de 20 points entre les taux d’inactivité des immigrés et des non immigrés permet d’affirmer qu’il ne s’agit pas là de la seule variable explicative.
La part de certaines origines migratoires surreprésentées dans l’inactivité pourrait se révéler une variable plus probante.
Ainsi, le 15e arrondissement de Marseille où la part des immigrés sans emploi est de 60% connaît d’importantes disparités entre les profils migratoires. 42,8% des immigrés y sont originaires d’Algérie, parmi eux 59,1% sont sans emploi. Les immigrés d’origine turque – 9,4% de l’immigration –, sont quant à eux 66,2% à être sans emploi tandis que les Portugais – 0,8% des immigrés – ne sont que 13,8% à être sans emploi.
De la même manière, le 9e arrondissement de Paris ne comprend que 21% d’immigrés sans emploi et connaît une composition migratoire extrêmement singulière. 38,2% des immigrés y sont européens et 28,9% ni africains, ni maghrébins, ni turcs, donc classés dans une catégorie « autres pays » (comprenant les Américains, les asiatiques, les océaniens et d’autres origines).
Ici, la surreprésentation de l’immigration européenne et issue des « autres pays » semble participer à la baisse du taux d’inactivité des immigrés.
Ces chiffres corroborent les statistiques nationales19 de l’emploi des immigrés ventilées par origine. Il apparaît ainsi que la composition migratoire est plus prédictive du taux d’emploi des immigrés que leur part dans la population.
2 – Quel rôle pour les collectivités
Si les communes ne disposent que de peu de moyens pour limiter les flux d’immigration, elles sont capables, dans une certaine mesure, de renforcer ou de diminuer leur attractivité migratoire.
Ainsi, elles peuvent établir des « politiques migratoires » à l’échelle locale. Le fait de proposer davantage de prestations et d’aides à destination des immigrés peut, dans un certain nombre de cas, comme le démontre une récente étude danoise20, devenir un facteur d’attractivité migratoire.
Ces dernières correspondent par ailleurs à des choix d’orientation politique de la part des collectivités lorsqu’elles choisissent d’allouer des moyens à destination exclusive des immigrés, qui ne pourront pas être alloués à l’amélioration des conditions d’existence de l’ensemble des administrés.
En effet, les collectivités ne disposent pas de moyens infinis et récriminent régulièrement contre des baisses de leurs dotations étatiques, qui les placent sous « pression budgétaire »21 – selon les termes mêmes de l’Association des Maires de France.
Dans ce cadre, des arbitrages devront être réalisés entre investissements en faveur de tous les administrés, moyens alloués aux immigrés, baisse ou maintien des impôts locaux et désendettement.
Ces arbitrages peuvent, de fait, peser sur le consentement à l’impôt des administrés dont les charges ne serviront pas à financer des services auxquels ils pourraient avoir accès, eux ou leurs familles, et qui sont parfois en proie à des manques de moyens.
2.1 Les subventions octroyées aux associations et dispositifs pro-immigration
L’action des municipalités en matière migratoire, si elle n’est que rarement directe, peut notamment se déployer au travers des subventions accordées aux associations créant des conditions favorables à davantage d’immigration.
A titre d’exemple, une ville telle que Paris finance de très nombreux projets associatifs liés à l’immigration.
Elle disposait ainsi, en 2019, d’un budget de 5,5 millions d’euros dédié à l’accueil et à l’intégration des immigrés22. En cela, elle finance des projets divers, communaux comme associatifs, allant de l’accueil effectif de personnes à diverses entreprises de sensibilisation et de formation.
Les objets des dossiers de subventions prouvent la diversité des projets mis en œuvre par ces associations.
Ainsi, en 2025, 26 000€ ont été alloués à « l’association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour » afin de mener à bien un projet d’« Accompagnement administratif, juridique, social et convivial de demandeur·ses d’asile LGBTQI+ »23. La même année, 4000€ ont été dévolus à une action de « Manger bouger multiculturel ».
Illustrant cette attractivité corrélée aux subventions associatives, la ville du Mans – ville de plus de 100 000 habitants dont la part des immigrés cru de 118% entre 2006 et 2022 – est particulièrement impliquée dans l’accueil des immigrés24 avec notamment son « Contrat Territorial d’Accueil et d’Intégration (CTAI) » signé avec les services de l’Etat. La ville a également tenu à mettre en œuvre une convention visant à « favoriser l’accès à l’emploi des migrants primo-arrivants dans le cadre des services d’aide à la personne »25.
Ce constat s’inscrit dans la droite ligne de l’article universitaire cité précédemment concernant l’effet causal de l’offre d’aides sur l’augmentation du nombre d’immigrés arrivant26.
Pour autant, au Mans, 44,9% des immigrés y sont sans emploi (35,1% en France) contre 22,4% des non-immigrés.
La ville soutient par ailleurs des associations gestionnaires de Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA)27 qui organisent, de fait, l’installation desdits demandeurs sur le territoire de la commune.
L’aide apportée par les villes aux associations gestionnaires de CADA constitue un puissant levier d’attractivité migratoire sur leur territoire dans la mesure où chaque place ouverte correspond mécaniquement à un immigré (demandeur d’asile) de plus dans la commune.
Les dispositifs municipaux et les aides fournies par la ville sont nombreux à destination des immigrés afin, notamment, de28 :
- Mettre en place des logements en cohabitation pour un accès stabilisé au logement de migrants primo-arrivants
- Favoriser la recherche et la médiation avec les propriétaires de logements privés
- Mener des ateliers d’apprentissage du français et de soutien scolaire à leur endroit
- Mettre en place un transport pour permettre la collecte de pommes dans le sud du département par des migrants réfugiés et régularisés
- Former les professionnels et bénévoles en contact avec les migrants
- Favoriser l’accès à l’emploi des migrants primo-arrivants dans le cadre des services d’aides à la personne de la ville du Mans.
Ces exemples non exhaustifs concernant la ville du Mans peuvent partiellement expliquer l’attrait majeur que représente aujourd’hui cette ville et donc aider à comprendre, conjugués avec d’autres facteurs, le doublement de sa population immigrée en 15 ans.
2.2 Le rôle du Centre communal d’action sociale (CCAS)
La politique sociale de la ville, élaborée notamment au sein de son Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) peut également jouer un rôle important dans l’attractivité migratoire de cette dernière.
Par cet organe municipal, les villes peuvent dispenser des aides nombreuses qui sont autant de facteurs d’attractivité pour les étrangers cherchant un lieu où s’établir.
D’une part, les CCAS proposent des aides à destination des plus défavorisés, sur le plan pécuniaire et parfois alimentaire. De fait, leur action se concentre autour de l’aide alimentaire, du soutien au logement et de nombreuses autres œuvres à destination de la population29.
Or, au niveau national, près de la moitié des bénéficiaires30 de l’aide alimentaire sont immigrés cette surreprésentation induit évidemment que l’action du CCAS leur bénéficie davantage (en proportion) qu’au reste de la population.
Les CCAS peuvent également proposer des aides dédiées spécialement aux étrangers ou ouvrir celles qui existent à ces derniers, créant ainsi des conditions propices à l’installation d’immigrés plus nombreux sur leur territoire.
La ville de Nantes a, via son CCAS, mis en œuvre une politique d’accueil des migrants en hébergement individuel31. La municipalité a donc en gestion propre – alors que la plupart le font par le truchement d’associations – un Centre d’hébergement pour réfugiés dont elle a par ailleurs doublé le nombre de places depuis 2015.
Les choix des villes, en matière d’allocation des deniers publics, peuvent leur permettre de les allouer prioritairement à des causes choisies. En l’espèce, le choix se porte sur les personnes immigrées et contribue, comme d’autres facteurs géographiques, économiques ou sociaux, à l’attractivité migratoire de la ville.
Poursuivant cette dynamique, la ville a créé un « Conseil Nantais pour la Citoyenneté des Etrangers » afin de favoriser leur intégration et de leur offrir les meilleures conditions d’accueil.
Nantes a d’ailleurs vu la population immigrée passer de 7,1% à 12,1% de sa population totale entre 2006 et 2022.
Les CCAS peuvent également proposer des formations aux arrivants, notamment en matière informatique32 à l’instar de la ville d’Ornans qui propose également des ateliers d’initiation.
2.2 Les autres aides matérielles dédiées aux personnes immigrées
| L’Association nationale des villes et territoires accueillants (Anvita) est une fédération de collectivités s’engageant à combattre « toute politique remettant en cause l’accueil inconditionnel » des étrangers sur le sol français – comme le résume sa charte fondatrice. Celle-ci synthétise et définit les grands principes des politiques publiques d’immigration mises en œuvre par les élus qui y sont engagés : « Nos territoires peuvent devenir refuges pour tous ceux et toutes celles qui ont besoin d’être mis à l’abri. C’est mettre en œuvre le devoir d’hospitalité en répondant d’abord et avant tout aux urgences, celles liées à l’accès inconditionnel à l’hébergement, à l’alimentation, à l’hygiène, à la santé, à l’éducation et à la culture pour répondre aux besoins vitaux. […] Nous proposons de mettre en œuvre tout dispositif permettant aux personnes, quel que soit leur statut, de vivre dignement dans nos territoires ».Parmi les métropoles régionales qui en font partie figurent notamment Nantes, Rennes, Tours ou Rouen. Mais l’Anvita intègre aussi des villes moyennes, des départements et des régions comme l’Occitanie et le Centre-Val de Loire. Les territoires concernés se distinguent notamment par la densité du tissu associatif d’accueil et de prise en charge des immigrés, spécialement ceux relevant de l’immigration familiale, de la demande d’asile ou d’une situation irrégulière, dont les actions peuvent bénéficier de subventions et concours publics significatifs. Ces réseaux de prise en charge à la lisière de la délégation de service public, de l’activisme juridique et du militantisme politique sont autant de facteurs d’attractivité pour certains des types d’immigration évoqués. |
Les municipalités peuvent, avec ou sans le concours d’associations, contribuer à l’accueil des immigrés sur leur territoire.
Les dons peuvent se présenter sous formes non-financières. Il en est ainsi de la gratuité des transports en commun pour les « personnes migrantes » mise en place par la métropole de Rouen-Normandie33. Outre le coût induit, de telles aides peuvent lourdement peser sur le consentement à l’impôt des habitants qui financent les infrastructures de transports par les impôts locaux puis leurs voyages par leurs abonnements là où les « personnes migrantes » ne participent pas nécessairement au financement. Parallèlement à cela, la ville de Rouen a vu la part des immigrés au sein de sa population doubler, en passant de 7,6 à 14% entre 2006 et 2022.
Des dispositifs d’aide peuvent également être mis en place – ou supprimés – à destination des immigrés. Il en est ainsi des séances de bibliothérapie proposées aux « personnes ayant connu un parcours migratoire » par la ville de Strasbourg34 .
De la même manière, la ville de Nantes propose un accueil de jour pour « personnes migrant.es » et octroie des soutiens financiers à deux autres structures poursuivant les mêmes buts35.
Des politiques de formation – notamment linguistiques – dédiées spécialement aux immigrés36 ainsi que divers aménagements et aides peuvent être déployés par certaines municipalités et expliquent une part de l’attrait qu’elles exercent sur les immigrés.
Ainsi, des villes dispensent, via leurs CCAS, des cours de français langue étrangère37 à destination des immigrés installés sur leur territoire, ce qui peut agir comme un facilitateur de flux migratoire.
Des dispositifs divers peuvent être mis en place afin de faciliter l’arrivée des immigrés et même, parfois, afin de leur permettre de se soustraire à des dispositifs « de droit commun » qu’ils refuseraient. Il en est ainsi des « places d’hébergement réservées aux jeunes en transit et ne souhaitant pas être pris en charge par l’ASE »38 évoquées pour la Ville de Paris.
Cela signifie concrètement que la municipalité aide une association à loger des personnes se réclamant du statut de MNA sans pour autant souhaiter bénéficier de la prise en charge afférente et donc de la scolarisation qui en découle.
La mairie a même pu acter une « simplification des démarches de demandes de régularisation pour les jeunes confiés à l’ASE » en partenariat avec la Préfecture de Police39.
De cette manière, la collectivité locale use de son poids afin d’interférer avec les décisions politiques qui, logiquement, relèvent de l’échelon national.
De nombreuses autres initiatives pourraient être citées, notamment la création d’une « maison des réfugié.e.s » destinée à devenir « un lieu ouvert à toute personne venue chercher refuge à Paris (primo-arrivants, demandeur.se.s d’asile, statutaires). [Et] aussi un lieu de rencontre entre les réfugié.e.s, les associations et les Parisien.ne.s enga gé.e.s à leurs côtés. »40.
L’ensemble de ces offres proposées à destination des immigrés, quel que soit leur statut, sont autant de signaux d’attractivité pour les villes qui les mettent en œuvre.
2.3 La politique du logement
La politique de logement peut, elle aussi renforcer l’attractivité migratoire d’une ville. A ce titre, plusieurs biais peuvent concourir à constituer dans une ville une plus forte présence de personnes immigrées que la moyenne.
D’une part, la Mairie peut, par le truchement de subventions, d’aide à l’implantation de structures associatives ou par la gestion « en propre », proposer des logements à destination des personnes immigrées.
Ainsi la ville de Montreuil dispose de « foyers et résidences sociales de travailleurs migrants »41 sous gestion associative mais disposant du soutien et d’une mise en valeur de la Mairie42. Si ces dispositifs ne s’adressent qu’à une minorité de l’immigration reçue – personnes travaillant, présentes sur le territoire de manière régulière et seules – ils constituent tout de même des centres d’attractivité, d’une part pour leurs bénéficiaires mais aussi pour les autres diasporas, dans la mesure où il est attesté que la présence d’une communauté fait augmenter la probabilité de recevoir d’autres de ses membres43. Cette notion de « chaines migratoires » est centrale pour la compréhension des flux à destination des villes attrayantes au sein desquelles des communautés sont déjà implantées.
Ces foyers de travailleurs migrants (FTM) sont des lieux d’hébergement destinés à des étrangers en situation régulière44 et vivant seuls en France. Ils sont, logiquement, des attraits majeurs pour les étrangers arrivant en France et souhaitant se loger à peu de frais.
Le parc immobilier des communes peut également être mis à contribution pour favoriser l’accueil des personnes immigrées. La ville de Paris a ainsi ouvert de nombreux centres d’hébergement et des lieux de mise à l’abri au sein de bâtiments lui appartenant45. On dénombre ainsi 4000 places d’hébergements ouvertes spécialement pour les « migrants et réfugiés » dans Paris, dont plus de 1600 ouvertes grâce à la seule mairie46.
De fait, ces dispositifs favorisent une implantation plus importante d’immigrés dans la commune.
Par exemple, le village de Soudorgues (Gard) a consacré un quart de son parc immobilier à l’accueil d’immigrés47. Pour autant, et contrairement aux motifs de revitalisation du territoire invoqués par la municipalité pour accueillir ces personnes, en 2022, 47% des immigrés de plus de 15 ans (hors retraités et étudiants) de cette commune n’étaient pas en emploi, contre 25% des non-immigrés.
La politique municipale concernant les logements sociaux s’avère être également un puissant catalyseur de présence migratoire.
Non que ce type de logement soit officiellement dédié aux étrangers mais simplement parce que ces derniers y sont dans les faits surreprésentés. En effet, les conditions d’accès au HLM correspondent pratiquement toutes à des domaines dans lesquels les immigrés sont statistiquement surreprésentés en France.
Ainsi, alors que les personnes sans ascendances migratoires sont 11% à vivre en HLM, 35%48 des immigrés occupent ce type de logement. La part augmente même nettement pour les immigrés originaires d’Afrique notamment du Sahel (Mali, Sénégal…), qui sont 57% à vivre en HLM.
Les critères tels que le niveau de revenu, la monoparentalité ou encore le nombre d’enfants conduisent mécaniquement à une surreprésentation des immigrés. En effet, là où les immigrés ont un niveau de vie médian de 21 570€ annuels, les non-immigrés en ont un supérieur de 25%, soit 27 170€49.
Dès lors, le fait d’augmenter la part de logements sociaux dans une commune conduit à l’installation quasi-inévitable d’un nombre non négligeable d’immigrés comme l’explique en détail la note du préfet Michel Aubouin à ce propos50.
Cependant, les pouvoirs municipaux concernant les HLM, leur construction et leur attribution ne sont pas absolus. En effet, la loi Solidarité et renouvellement urbain, dite SRU, impose, sous certaines conditions, des quotas de 25% (parfois 20%) de HLM dans le parc immobilier des villes51.
Il n’en demeure pas moins qu’une mairie peut faire le choix de dépasser ce quota, en accordant des permis de construire, revoyant sont PLU (qui, bien que généralement intercommunal, fait appel aux mairies) ou cédant préférentiellement des terrains ou des bâtiments à des bailleurs sociaux.
Certaines municipalités, à l’inverse, tentent de ne pas se conformer aux exigences de la loi SRU, estimant ces dernières incompatibles avec leurs projets urbains et préférant payer une amende annuelle. Il arrive, pour ce faire qu’elles ralentissent les constructions de HLM, notamment en s’opposant par des voies détournées tels que le refus d’octroi de permis de construire notamment.
2.4 Les avis du Maire sur les attestations d’accueil produites par les étrangers
Dans le cadre des articles L 313-2 du CESEDA52, le Maire doit viser les attestations d’accueil produites par les étrangers séjournant en France dans le cadre d’une visite privée ou familiale.
Ces dernières, permettant de justifier des conditions d’accueil au cours de la visite, peuvent, sur demande des maires, faire l’objet de vérifications.
De fait, il peut diligenter une vérification au domicile de l’accueillant pour s’assurer de la véracité de son accueil. Ainsi, la Mairie joue un rôle important dans le suivi de situation des étrangers présents en France.
Par ailleurs, il est en capacité de refuser de signer l’attestation pour les motifs suivants :
- L’hébergeant ne peut pas présenter les pièces justificatives requises ;
- Il ressort, soit de la teneur de l’attestation et des pièces justificatives présentées, soit de la vérification effectuée au domicile de l’hébergeant, que l’étranger ne peut être accueilli dans des conditions normales de logement ;
- Les mentions portées sur l’attestation sont inexactes ;
- Les attestations antérieurement signées par l’hébergeant ont fait apparaître, le cas échéant après enquête demandée par l’autorité chargée de valider l’attestation d’accueil aux services de police ou aux unités de gendarmerie, un détournement de la procédure.53
L’absence de cette dernière est une cause dirimante de l’obtention du titre54. Par des vérifications poussées des conditions d’accueil et du non-détournement de ce dernier, le Maire est donc en possibilité d’empêcher un certain nombre d’entrées temporaires sur le territoire qui pourraient se muer en entrées pérennes.
Par ailleurs, si le Maire n’a pas le pouvoir de refuser un mariage pour défaut de régularité du séjour des époux, celui-ci peut, en cas de doute sur un éventuel mariage blanc, s’entretenir séparément avec les deux futurs époux afin de s’assurer du consentement véritable.
Toujours dans le domaine matrimonial, l’édile est en capacité, dans le cas d’un mariage présumé blanc55, de saisir le procureur de la république tout comme dans les cas suspectés de polygamie.
Les avis consultatifs des maires ont également un poids dans certaines démarches administratives des étrangers. En effet, ces derniers étant l’échelon de pouvoir le plus proche du terrain, ils peuvent être dépositaires d’informations dont les autres ne disposeraient pas.
Il en est ainsi des demandes de regroupement familial, dont l’attribution dépend du Préfet, mais dans le cadre desquelles le Maire peut être consulté. Le cas échéant, il peut se prononcer sur les conditions de ressources et de logement de la personne suite à une visite du domicile – avec l’accord de l’intéressé – sans quoi l’habitat est réputé non conforme.
Son avis peut également être sollicité afin de s’assurer de « l’intégration républicaine »56 d’un étranger souhaitant obtenir une carte de résident portant la mention « résident de longue durée-UE ».
De fait, le Maire peut jouer un rôle de contrôle et d’alerte concernant l’installation, sur son territoire et plus largement sur le territoire national, de personnes ne respectant pas les règles de droit.
Conclusion
Rares sont les villes à n’avoir pas connu de hausse de la part de leur population immigrée : seules 32 villes de plus de 15 000 habitants ont connu des baisses ou stagnation de leur population immigrée pour 628 hausses.
Les baisses se concentrent essentiellement dans des villes en voie de gentrification et souvent déjà très marquées par le phénomène migratoire.
En revanche, des augmentations absolues considérables sont à noter dans nombre de grandes villes qui présentent pour point commun une très forte part d’immigrés dès le début de la période étudiée.
Ainsi, nombreuses sont les villes comprenant une forte part de population immigrée à avoir connu une croissance absolue de leur population immigrée très importante tandis que beaucoup de villes jusqu’alors peu sujettes au phénomène migratoire ont connu de fortes hausses relatives, particulièrement dans l’ouest du pays.
Cela tend à prouver que, hors cas particuliers, en moyenne, « l’immigration attire l’immigration » et d’autre part, que quasiment aucun espace géographique français – même le grand Ouest – n’est aujourd’hui exempt d’immigration.
Cependant, les municipalités disposent de leviers, certes marginaux, pour favoriser ou, au contraire, faire refluer le phénomène migratoire sur le territoire de leur commune.
Ces derniers passent notamment par les politiques de subvention, par les priorités d’action des CCAS ou encore par la vérification stricte des attestations d’hébergement.
L’ensemble de ces leviers conjugués peuvent accroître ou amenuir l’attractivité migratoire d’une commune.
- IPSOS, Municipales 2026 : le maire, une figure de confiance dans une démocratie fragmentée, 2025, Lien. ↩︎
- L’immigration était, aux européennes de 2024, le sujet le plus important aux yeux des électeurs Français, IPSOS, Comprendre le vote des Français, 2024, Lien. ↩︎
- Odoxa, Les Français et l’immigration, 2026,
Lien. ↩︎ - INSEE, L’essentiel sur… les immigrés et les étrangers, 2025, Lien. ↩︎
- Bruneau MichelBruneau Michel. Espaces et territoires de diasporas. In: L’Espace géographique, tome 23, n°1, 1994. pp. 5-18, Lien. ↩︎
- Clément Perarnaud, Hasnia-Sonia Missaoui, «De l’usage de la notion de réseau en sociologie des migrations», Le Carnet de l’IRMC, 19 janvier 2016, Lien. ↩︎
- Citation dans Le Figaro, 18 novembre 2022. ↩︎
- Afin d’atténuer les effets de surreprésentation qui peuvent exister sur les petits groupes notre choix s’est porté sur les villes de plus de 15 000 habitants. Seules les communes métropolitaines sont retenues dans le cadre de ce travail. ↩︎
- INSEE, Immigrés et descendants d’immigrés, 2023, Lien. ↩︎
- Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île de France, 2019, Gentrification et paupérisation au cœur de l’Ile-de-France Lien. p.51 ↩︎
- L’ensemble des valeurs sont arrondies à une décimale dans un souci de lisibilité. ↩︎
- GéoconfluenceLien. ↩︎
- Cimade, « Dispositif d’accueil des demandeurs d’asile : état des lieux 2024 », parution du 22/07/2024 : Lien. ↩︎
- Selon l’INSEE, la personne du ménage en couple, active (en emploi ou au chômage), qui a un enfant, la plus âgée Lien. ↩︎
- INSEE, Immigrés et descendants d’immigrés, 2023, Lien. ↩︎
- Ci-après, l’expression sera utilisée pour désigner « les ménages dont la personne de référence est immigrée » ↩︎
- INSEE, Immigrés et descendants d’immigrés, 2023, Lien. ↩︎
- Appelés plus tard « immigrés n’étant pas en emploi ». ↩︎
- INSEE, Inactivité, chômage et emploi des immigrés et des descendants d’immigrés par origine géographique, 2024, Lien. ↩︎
- The welfare magnet hypothesis: Evidence from an immigrant welfare scheme in Denmark, Ole Agersnap, Amalie Sofie Jensen, Henrik Kleven, 2020, Lien. ↩︎
- Association des maires de France, Les maires sous pression budgétaire face à un État centralisateur, 2024, Lien. ↩︎
- Site de la ville de Paris, Lien. ↩︎
- Paris Data, Subventions aux associations votées, Lien. ↩︎
- Préfecture de la Sarthe, CTAI Ville du Mans – Appel à projets 2025, Lien. ↩︎
- Ville du Mans, Conseil municipal du 20 mai 2021, Lien. ↩︎
- The welfare magnet hypothesis: Evidence from an immigrant welfare scheme in Denmark, Ole Agersnap, Amalie Sofie Jensen, Henrik Kleven, 2020,Que Lien. ↩︎
- Association Nelson Mandela, Lien. ↩︎
- Ouest France, Le Mans. Logement, emploi : la ville organise son soutien aux étrangers primo-arrivants, Lien. ↩︎
- UNCCAS, Qu’est ce que le CCAS ? Lien. ↩︎
- INSEE, France, portrait social, 2022, Lien. ↩︎
- Organisation pour une citoyenneté universelle, Des municipalités qui agissent, Lien. p.27 ↩︎
- Association nationale des villes et territoires accueillants, Pour une France accueillante, des territoires engagés pour inspirer des politiques locales, 2025,Lien. p.16 ↩︎
- Association nationale des villes et territoires accueillants, Pour une France accueillante, des territoires engagés pour inspirer des politiques locales, 2025, Lien. p.30 ↩︎
- Ibid. p.22 ↩︎
- Ibid. p.23 ↩︎
- Ibid. p.26 ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ville de Paris, Mobilisation de la communauté de Paris pour l’accueil et l’intégration des réfugiés, 2020, Lien.. p.30. ↩︎
- Ibid. p.31 ↩︎
- Ibid. p.39 ↩︎
- Site de la ville de Montreuil, Lien. ↩︎
- Ville de Montreuil, Budget, 2023, Lien. p.299 par exemple ↩︎
- Diasporas ou communautés transnationales, Michel Bruneau, Université de Bourdeaux, Lien. ↩︎
- République française, Lien. ↩︎
- Ville de Paris, Mobilisation de la communauté de Paris pour l’accueil et l’intégration des réfugié·e·s Bilan et perspectives 2015-2019, Lien. p.26 ↩︎
- ↩︎
- Ibid. p.27 ↩︎
- INSEE, Immigrés et descendants d’immigrés, 2023, Lien. ↩︎
- INSEE, Les revenus et le patrimoine des ménages, 2024, Lien. ↩︎
- Observatoire de l’immigration et de la démographie, Les étrangers extra-européens et le logement social en France, Michel Aubouin Lien. ↩︎
- Vie Publique, la loi SRU, Lien. ↩︎
- Légifrance, CESEDA, L-313-2, Lien. ↩︎
- CESEDA, L-313-3 ↩︎
- Ministère de la justice, Attestation d’accueil, 2025, Lien. ↩︎
- Article 175-2, Code civil, Lien. ↩︎
- CESEDA, L-413-7, Lien. ↩︎
Introduction
A l’approche des élections municipales, la figure du maire conserve largement la confiance des Français. D’après un sondage IPSOS, 69% d’entre eux déclarent avoir confiance en leur maire1, ce qui en fait l’élu perçu comme le plus crédible.
L’immigration étant l’un des sujets de préoccupation majeure de l’ensemble de la population et un déterminant du vote pour nombre de nos concitoyens2, nous chercherons ici à l’appréhender à l’échelle communale, tant dans ses enjeux décisionnels que socio-économiques et démographiques.
Ainsi, nombreux sont les Français qui estiment que la composition de la population a changé, et que l’immigration est trop importante3, un avis partagé par plus de 70% de la population.
Si les municipalités ne peuvent pas décider de la politique migratoire, essentiellement élaborée à l’échelle nationale voire européenne, elles peuvent tout de même jouer un rôle au sein de leur territoire afin d’y intensifier ou d’y restreindre l’installation d’immigrés.
Les changements démographiques à l’œuvre, quelle qu’en soit l’échelle, en entrainent d’autres, en matière de logement, d’emploi ou d’enseignement qui ont des impacts sur la vie communale.
Ainsi, se désintéresser des phénomènes migratoires dans le cadre d’élections, fussent-elles municipales, ne semble ni pertinent ni souhaitable.
Afin d’étayer cette étude et de permettre à chacun de visualiser les chiffres de l’immigration et leurs variations à l’échelle communale – et même parfois à celle des zones IRIS (« Ilots Regroupés pour l’Information Statistique ») offrant un niveau de détail supérieur à la commune – nous avons collecté l’ensemble des données publiques de recensement pour en faire une cartographie dynamique. Celle-ci permet de comprendre, suivant différents paramètres, l’évolution et les implications de l’immigration dans ces espaces.
L’outil se fonde sur les données disponibles sur le site de l’INSEE issues du recensement de 2022, et des précédents, ainsi que sur les micro-données agrégées dudit recensement qui comportent les mentions de l’âge, du pays de naissance, du type d’habitation (logement social ou non), de l’emploi et de nombre d’autres données.
Le choix de l’année 2006 et de l’années 2022 correspondent aux recensements le plus ancien et le plus récent, dont les données sont intégralement disponibles.
1 – État des lieux de l’immigration dans les communes en France
1.1 Une augmentation globale qui masque des disparités locales
Entre 2006 et 2022, le nombre total d’immigrés dans la population française a cru de 37%, passant de 5 136 000 (8,1% de la population) à 7 029 000 (10,3% de la population) de personne4.
Néanmoins, cette augmentation de la part des immigrés dans la population générale en à peine 15 ans ne se traduit pas de la même manière sur l’ensemble du territoire.
A l’échelle départementale, elle est par exemple passée de 1,7% à 2,7% (1 point d’écart) de la population en Vendée ou encore de 2,2 à 2,6% (0,4 point d’écart) de la population dans le Pas-de-Calais tandis qu’elle est passée de 26,5 à 31,1% en Seine-Saint-Denis (4,6 points).
Il est intéressant de constater que dans la majeure partie des cas, l’accroissement en points de la part des immigrés dans la population est corrélé avec une forte présence initiale. Autrement dit, les espaces au sein desquels le nombre d’immigrés a le plus cru entre 2006 et 2022 étaient déjà des espaces de forte présence immigrée en 2006.
Cela peut en partie être au moins partiellement expliqué par des effets diasporiques largement documentés, notamment dans les travaux du géographe Michel Bruneau5 et par la notion de « chaîne migratoire »6 théorisée par MacDonald. Ces thèses expliquent que les réseaux diasporiques déjà présents en un lieu tendent à favoriser l’installation de nouveaux membres de leurs communautés. Le démographe Gérard-François Dumont – membre du conseil scientifique de l’OID – résume cela en une phrase « À partir du moment où des membres d’une communauté s’installent quelque part, ils jouent le rôle de guichet d’accueil pour d’autres personnes de la même origine »7.
A l’échelle des villes, les mêmes phénomènes de regroupement sont partiellement observables.
En ne retenant que les villes de plus de 15 000 habitants8 afin d’écarter les chiffres de croissance extrêmes induits par les petits groupes, une part très majoritaire des communes françaises a vu sa population immigrée croître ; entre 2006 et 2022, c’est le cas de 95% des villes de cette strate (628 d’entre elles sur 660). La hausse moyenne est de 3,79 points de pourcentage, contre 2,2 à l’échelle nationale.
Ainsi, l’idée se confirme selon laquelle l’immigration se concentre largement dans les aires urbaines, notamment du fait du dynamisme économique, de la disponibilité des logements mais également du fait des phénomènes diasporiques déjà évoqués.
Afin de comprendre au mieux le phénomène, il convient d’observer les villes au sein desquelles l’augmentation a été la plus forte, afin de déceler des constantes.
Toujours parmi les communes de plus de 15 000 habitants, la moyenne d’augmentation de la population immigrée dans les 20 communes comptant la plus grande part d’immigrés en 2022 est de 7 points par rapport à 2006, alors que l’augmentation moyenne nationale est de l’ordre de 2,2 points (et de 3,65 points pour les villes de cette strate).
En effet, les 20 communes de plus de 15 000 habitants comptant en 2022 la plus grande proportion d’immigrés affichaient une moyenne de 30,6% en 2006 (11,2% pour l’ensemble des villes de plus de 15 000 habitants) contre 37,6% en 2022 (14,8% pour l’ensemble des villes de plus de 15 000 habitants)
La hausse connue par ces villes s’avère ainsi près de deux fois supérieure à la moyenne nationale, témoignant de l’attractivité migratoire des diasporas déjà présentes.
A l’inverse, l’augmentation est seulement de 0,9 point en moyenne sur les 20 communes de plus de 15 000 habitants comptant la plus faible part d’immigrés dans leur population – cette proportion passant de 1,4% à 2,3%.
Ainsi, nous pouvons nous apercevoir qu’en moyenne, les villes à forte concentration d’immigration tendent à connaître une plus forte hausse de la part d’immigrés dans leur population.
De même, les 20 villes connaissant les plus fortes hausses en points sont des villes dans lesquelles les proportions initiales de population immigrée étaient déjà très supérieures à la moyenne. Cette proportion y était en moyenne de 19,4% en 2006 contre 11,5% pour l’ensemble des villes de la même strate.
Il n’en demeure pas moins que certains contre exemples subsistent, notamment du fait de la gentrification qui tend à pousser les moins riches (catégorie comprenant une large part d’immigrés9) hors de certaines villes de proche banlieue parisienne.
Il en est ainsi de Saint-Ouen dont la part d’immigrés a décru de 3,2 points entre 2006 et 2022 et qui connaît un important phénomène de gentrification10 largement documenté. Les immigrés présentant – en moyenne – de moins hauts revenus se trouvent mécaniquement écartés de ces espaces dans lesquels le prix du foncier augmente tout comme celui des commerces avec l’arrivée d’habitants plus aisés.
De la même manière, il peut advenir qu’une faible augmentation du nombre d’immigrés découle en réalité du poids relatif des descendants d’immigrés dans une commune. Ainsi, dans des villes où la population d’immigrés et de leurs descendants représente une très forte part de la population, il devient mécaniquement plus difficile de la voir augmenter.
Afin de comprendre les dynamiques au sein de chaque type de villes, les tableaux ci-dessous détaillent les villes de chaque strate dans lesquelles la hausse de la proportion d’immigrés (en point de pourcentage dans la population, valeur absolue) a été la plus importante entre 2006 et 2022.
- Voici le classement des vingt grandes villes (Plus de 100 000 habitants) dans lesquelles l’augmentation de l’immigration (en point de pourcentage dans la population11, valeur absolue) a été la plus forte entre 2006 et 2022 :
| Ville | Population immigrée en 2022 | Population immigrée en 2006 | Points d’augmentation |
| Argenteuil | 30,6 % | 23,7 % | 6,9 |
| Metz | 18,6 % | 11,7 % | 6,9 |
| Rouen | 14,0 % | 7,6 % | 6,4 |
| Saint-Étienne | 19,3 % | 12,9 % | 6,4 |
| Orléans | 19,7 % | 13,7 % | 6,0 |
| Le Mans | 10,9 % | 5,0 % | 5,9 |
| Nice | 20,8 % | 15,2 % | 5,7 |
| Rennes | 12,5 % | 7,1 % | 5,4 |
| Mulhouse | 26,4 % | 21,1 % | 5,3 |
| Caen | 10,0 % | 5,0 % | 5,1 |
| Nantes | 12,1 % | 7,1 % | 5,0 |
| Clermont-Ferrand | 16,8 % | 11,9 % | 4,9 |
| Reims | 12,8 % | 7,9 % | 4,9 |
| Limoges | 12,9 % | 8,1 % | 4,9 |
| Angers | 11,0 % | 6,1 % | 4,8 |
| Strasbourg | 23,2 % | 18,6 % | 4,6 |
| Tours | 12,2 % | 7,6 % | 4,6 |
| Dijon | 12,6 % | 8,1 % | 4,5 |
| Lille | 14,5 % | 10,0 % | 4,5 |
| Perpignan | 17,8 % | 13,4 % | 4,5 |
Au regard de l’ensemble des données, nous pouvons nous apercevoir que la hausse (en points de pourcentage au sein de la population) concerne davantage les villes petites et moyennes que les grandes villes (ici, plus de 100 000 habitants). Cela est probablement lié à la taille des populations desdites agglomérations.
De plus les comparaisons sont rendues plus difficiles entre les grandes villes dans la mesure où l’échantillon de villes de cette strate est particulièrement restreint avec moins de 50 cas en France.
- Voici le classement des vingt villes moyennes (15 000 à 100 000 habitants12) dans lesquelles l’augmentation de l’immigration (en point de pourcentage dans la population, valeur absolue) a été la plus forte entre 2006 et 2022 :
| Ville | Population immigrée en 2022 | Population immigrée en 2006 | Points d’augmentation |
| Villeneuve-Saint-Georges | 39,5 % | 24,3 % | 15,3 |
| Saint-Louis | 34,4 % | 21,0 % | 13,4 |
| Ris-Orangis | 28,9 % | 16,6 % | 12,2 |
| Chilly-Mazarin | 23,8 % | 12,0 % | 11,7 |
| Juvisy-sur-Orge | 27,0 % | 15,3 % | 11,7 |
| Longwy | 27,7 % | 16,4 % | 11,3 |
| Cergy | 29,7 % | 18,9 % | 10,8 |
| Marseille 3e Arrondissement | 34,0 % | 23,6 % | 10,5 |
| La Courneuve | 47,6 % | 37,2 % | 10,4 |
| Le Blanc-Mesnil | 36,3 % | 26,2 % | 10,1 |
| Saint-Julien-en-Genevois | 30,4 % | 20,6 % | 9,8 |
| Neuilly-sur-Marne | 26,8 % | 17,0 % | 9,8 |
| Orly | 28,7 % | 19,1 % | 9,6 |
| Saint-Michel-sur-Orge | 20,3 % | 10,8 % | 9,5 |
| Le Bourget | 39,0 % | 29,9 % | 9,2 |
| Marseille 15e Arrondissement | 27,7 % | 18,7 % | 9,0 |
| Melun | 27,1 % | 18,2 % | 8,9 |
| Tarascon | 20,4 % | 11,5 % | 8,9 |
| Deuil-la-Barre | 23,1 % | 14,2 % | 8,8 |
| Le Mée-sur-Seine | 24,9 % | 16,2 % | 8,8 |
Ces dernières se concentrent assez largement dans la périphérie des grandes métropoles, à l’instar de Villeneuve-Saint-Georges, Orly, La Courneuve, Chilly-Mazarin ou encore Cergy, toutes dans l’orbite parisien.
Celles-ci sont passée de 19,4% d’immigrés en moyenne en 2006 (11,3% en moyenne pour l’ensemble des villes de la strate) à 29,9% en 2022.
Cette tendance confirme que les plus fortes hausses absolues se concentrent dans des villes présentant des parts de population immigrée initialement très supérieures à la moyenne. Ici, 70% plus important.
- Classement des vingt bourgs et petites villes (3000 à 15 000 habitants) dans lesquels l’augmentation de l’immigration (en point de pourcentage dans la population, valeur absolue) a été la plus forte entre 2006 et 2022 :
| Ville | % d’immigrés en 2022 | % d’immigrés en 2006 | Points d’augmentation |
| Villerupt | 38,9 % | 18,8 % | 20,1 |
| Audun-le-Tiche | 34,2 % | 17,1 % | 17,2 |
| Ottange | 30,5 % | 14,5 % | 16,0 |
| Pauillac | 22,8 % | 8,5 % | 14,3 |
| Gaillard | 39,0 % | 24,8 % | 14,1 |
| Rubelles | 19,0 % | 6,3 % | 12,7 |
| La Ricamarie | 21,3 % | 9,6 % | 11,8 |
| Veigy-Foncenex | 35,8 % | 24,3 % | 11,5 |
| Ambilly | 28,9 % | 17,4 % | 11,5 |
| Viry | 26,7 % | 15,2 % | 11,5 |
| Le Port-Marly | 23,9 % | 12,5 % | 11,4 |
| Huningue | 29,1 % | 17,9 % | 11,2 |
| Herserange | 33,5 % | 22,5 % | 11,0 |
| La Ferté-sous-Jouarre | 19,9 % | 9,0 % | 10,9 |
| Les Houches | 19,6 % | 8,7 % | 10,9 |
| Castelnaudary | 18,8 % | 8,0 % | 10,8 |
| Meulan-en-Yvelines | 19,7 % | 9,4 % | 10,4 |
| Nangis | 19,9 % | 9,6 % | 10,3 |
| Eauze | 20,4 % | 10,2 % | 10,2 |
Il est à noter que parmi les villes de cette strate dont la population immigrée a le plus augmenté, plusieurs sont des villes frontalières. En revanche, ce phénomène s’estompe dans les villes de la strate supérieure.
La hausse moyenne y est de 12,4 points de pourcentage (1,3 points en moyenne pour les villes de cette strate) et la part moyenne des immigrés est passée de 13,3% (7,4% en moyenne pour les villes de cette strate) en 2006 à 25,7% (6,8% en moyenne dans cette strate) en 2022.
Augmentations relatives :
L’augmentation relative de la part des immigrés est également un sujet majeur car elle permet de constater des changements notables, notamment dans des villes où la part initiale de la population immigrée était en 2006 très faible et où les taux multiplicateurs sont parfois très importants.
La hausse relative de la part des immigrés dans la population est particulièrement perceptible dans l’ouest du pays, spécialement dans des espaces qui, jusqu’alors ne comptaient qu’une très faible part d’immigrés.
Ces espaces ont connu des multiplications importantes de leur population immigrée du fait de plusieurs facteurs conjugués.
La diffusion de l’immigration dans le Grand Ouest, jusqu’alors très peu sujet à ce phénomène peut partiellement s’expliquer de plusieurs manières.
En effet, la saturation de certaines capacités d’accueil dans le cœur de l’agglomération parisienne a pu générer un déplacement de la demande vers des territoires plus excentrés, restant cependant à la portée des réseaux de diaspora et des services offerts dans la grande métropole parisienne. Cet effet de saturation francilienne a aussi pu jouer un rôle dans l’orientation de l’immigration vers les métropoles de l’Ouest et leurs agglomérations immédiates, dont les capacités d’accueil connaissaient une moindre tension dans les années 2000.
Un certain nombre des villes ont également accueilli sur leur territoire un ou plusieurs dispositifs d’hébergement mis en œuvre dans le cadre du dispositif national d’accueil des personnes demandant l’asile et des réfugiés (DNA).
Comme le résume la Cimade : « le parc d’hébergement est principalement situé en Ile- de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Grand Est qui sont les trois principales régions métropolitaines qui enregistrent le plus grand nombre de demandes. Cependant, ce sont les régions Pays de la Loire, Bretagne, Nouvelle Aquitaine et Occitanie qui ont connu le plus grand nombre de créations, ces dix dernières années.13 ».
- Communes de plus de 100 000 habitants
| Ville | Département | Immigration 2006 | Immigration 2022 | Hausse relative |
| Le Mans | 72 | 5,0 % | 10,9 % | 118% |
| Brest | 29 | 3,9 % | 8,2 % | 113% |
| Caen | 14 | 5,0 % | 10,0 % | 101% |
| Rouen | 76 | 7,6 % | 14,0 % | 84% |
| Angers | 49 | 6,1 % | 11,0 % | 79% |
| Rennes | 35 | 7,1 % | 12,5 % | 75% |
| Nantes | 44 | 7,1 % | 12,1 % | 71% |
| Le Havre | 76 | 6,4 % | 10,6 % | 66% |
| Reims | 51 | 7,9 % | 12,8 % | 62% |
| Amiens | 80 | 7,2 % | 11,6 % | 62% |
| Limoges | 87 | 8,1 % | 12,9 % | 60% |
| Tours | 37 | 7,6 % | 12,2 % | 60% |
| Metz | 57 | 11,7 % | 18,6 % | 59% |
| Dijon | 21 | 8,1 % | 12,6 % | 56% |
| Saint-Étienne | 42 | 12,9 % | 19,3 % | 49% |
| Lille | 59 | 10,0 % | 14,5 % | 45% |
| Orléans | 45 | 13,7 % | 19,7 % | 44% |
| Clermont-Ferrand | 63 | 11,9 % | 16,8 % | 41% |
| Nancy | 54 | 9,2 % | 13,0 % | 41% |
| Nice | 06 | 15,2 % | 20,8 % | 37% |
Ici, les villes de l’ouest de la France connaissent une importante surreprésentation, liée notamment aux nouvelles répartitions des arrivants.
Parmi les 48 villes de plus de 100 000 habitants que compte la France – en comprenant les arrondissements de Paris et de Marseille – 44 ont connu une hausse de la part des immigrés dans leur population. A l’inverse, 4 ont connu une baisse, du fait essentiellement de la gentrification (Paris 18e Arrondissement, Montreuil, Paris 19e Arrondissement et Paris 11e Arrondissement).
En moyenne, les villes de cette strate ont vu la part d’immigrés au sein de leur population augmenter de 38%.
- Communes de 15 000 à 100 000 habitants
| Ville | Département | Immigrés en 2006 | Immigrés en 2022 | Hausse relative |
| Lamballe-Armor | 22 | 1,1 % | 4,4 % | 312% |
| Sainte-Luce-sur-Loire | 44 | 2,6 % | 9,3 % | 255% |
| La Chapelle-sur-Erdre | 44 | 1,7 % | 5,2 % | 206% |
| Bressuire | 79 | 3,0 % | 8,9 % | 202% |
| Carquefou | 44 | 1,9 % | 5,7 % | 197% |
| Vertou | 44 | 1,5 % | 4,4 % | 189% |
| Ambarès-et-Lagrave | 33 | 3,7 % | 10,6 % | 184% |
| Fougères | 35 | 2,0 % | 5,6 % | 184% |
| Bruz | 35 | 2,1 % | 5,9 % | 183% |
| Saint-Lô | 50 | 2,0 % | 5,7 % | 181% |
| Rezé | 44 | 3,0 % | 7,8 % | 165% |
| Libourne | 33 | 4,3 % | 11,3 % | 162% |
| Bouguenais | 44 | 2,4 % | 6,2 % | 158% |
| Saint-Sébastien-sur-Loire | 44 | 2,6 % | 6,6 % | 151% |
| Vitré | 35 | 2,2 % | 5,5 % | 150% |
| Les Herbiers | 85 | 2,1 % | 5,3 % | 148% |
| La Flèche | 72 | 1,2 % | 2,8 % | 133% |
| Lorient | 56 | 4,1 % | 9,5 % | 131% |
| Segré-en-Anjou Bleu | 49 | 1,1 % | 2,5 % | 131% |
| La Roche-sur-Yon | 85 | 3,3 | 7,6 % | 130 % |
Pour cette strate de villes, les taux d’augmentation relative peuvent être très importants
La concentration géographique dans les départements de l’ouest est particulièrement frappante.
Sur 612 villes de cette strate étudiée (en métropole), 579 ont connu une hausse de la part des immigrés au sein de leur population (dont 205 ont connu une hausse de plus de 50%) tandis que 4 ont connu une stagnation de cette part et 26 une baisse.
La hausse moyenne de la part des immigrés au sein de la population des villes de cette strate est de 45%.
- Communes de 3000 à 15 000 habitants
| Ville | Département | Immigrés en 2006 | Immigrés en 2022 | Hausse relative |
| La Guerche-de-Bretagne | 35 | 1,3 % | 11,1 % | 727% |
| Vezin-le-Coquet | 35 | 1,7 % | 11,8 % | 579% |
| Cesson | 77 | 1,5 % | 9,9 % | 549% |
| Saint-Méen-le-Grand | 35 | 0,9 % | 5,4 % | 501% |
| La Souterraine | 23 | 1,1 % | 6,1 % | 458% |
| Buzançais | 36 | 1,0 % | 5,3 % | 410% |
| Maen Roch | 35 | 1,1 % | 5,5 % | 408% |
| Le Rheu | 35 | 1,9 % | 8,9 % | 360% |
| Vivonne | 86 | 1,2 % | 4,9 % | 321% |
| Orgères | 35 | 1,5 % | 6,2 % | 317% |
| Saint-Gilles | 35 | 1,1 % | 4,5 % | 310% |
| Montgermont | 35 | 1,3 % | 5,4 % | 308% |
| Villedieu-les-Poêles-Rouffigny | 50 | 0,8 % | 3,1 % | 294% |
| Ruffec | 16 | 2,6 % | 10,1 % | 293% |
| Chavagne | 35 | 1,4 % | 5,3 % | 289% |
| Hirson | 02 | 1,2 % | 4,5 % | 287% |
| Corps-Nuds | 35 | 1,2 % | 4,5 % | 269% |
| Pontivy | 56 | 2,3 % | 8,6 % | 268% |
| Saint-Philbert-de-Bouaine | 85 | 0,6 % | 2,1 % | 265% |
| Retiers | 35 | 1,2 % | 4,3 % | 260% |
Les augmentations relatives de la part des immigrés dans les communes moyennes vont jusqu’à un facteur 8, pour la Guerche-de-Bretagne.
Les villes de cette strate ont connu une hausse moyenne de la part d’immigrés au sein de leur population de 40% entre 2006 et 2022.
Ainsi, 11 communes parmi les 20 communes de 3000 à 15 000 habitants dont l’augmentation relative du nombre d’immigrés a été la plus forte sont situées en Ille-et-Vilaine.
Ces faits témoignent d’une diffusion de l’immigration dans des espaces d’où elle était jusqu’alors presque absente.
1.2 Le logement
Le fait, largement attesté, selon lequel les immigrés sont surreprésentés dans les logements sociaux se vérifie à l’échelle locale et, suivant les villes, dépasse les taux de surreprésentation constatés à l’échelle nationale.
Parmi les 20 villes – de plus de 15 000 habitants – comprenant la plus forte part d’immigrés logés en HLM, il est intéressant de noter que 63% des ménages dont la personne de référence14 est immigrée logent dans le parc social tandis qu’en moyenne, en France de 35% des immigrés vivaient en HLM en 202315.
Sur les 660 villes de plus de 15 000 habitants considérées, 397 (60% d’entre elles environ) comptent plus du tiers de leurs ménages immigrée16 vivant en HLM.
Les villes au sein desquelles la part des immigrés en HLM est importante ont parallèlement connu une hausse notable de la part de leur population immigrée entre 2006 et 2022.
La croissance relative de la population immigrée y est très forte. En moyenne, la part des immigrés au sein de la population de ces 20 villes a augmenté de 66% entre 2006 et 2022 (contre 44% pour les villes de cette strate) pour atteindre, en moyenne 15,3% (hausse de 5,3 points, contre 3,7 en moyenne dans la strate) de leur population en 2022.
Il est ainsi évident que la part des immigrés obtenant un HLM dans une ville est étroitement corrélée à l’attractivité migratoire de ladite ville.
- Villes de plus de 15 000 habitants, part ménages dont la personne de référence est immigrée vivant en HLM :
| Ville | Département | Part des immigrés 2022 | Part des ménages dont la personne de référence est immigrée logés en HLM | Hausse relative de la part des immigrés entre 2006 et 2022 |
| Rillieux-la-Pape | 69 | 21,5 % | 69 % | 50% |
| Lucé | 28 | 14,5 % | 68 % | 64% |
| Saint-Pierre-des-Corps | 37 | 19,7 % | 68 % | 66% |
| Villefontaine | 38 | 16,4 % | 67 % | 55% |
| Blois | 41 | 18,2 % | 65 % | 37% |
| Bagneux | 92 | 28,0 % | 64 % | 40% |
| Le Port | 97 | 4,9 % | 64 % | 45% |
| Sotteville-lès-Rouen | 76 | 10,5 % | 62 % | 107% |
| Grande-Synthe | 59 | 15,3 % | 62 % | 38% |
| Laon | 02 | 9,0 % | 62 % | 100% |
| Guyancourt | 78 | 17,7 % | 61 % | 49% |
| Villeneuve-la-Garenne | 92 | 28,2 % | 61 % | 12% |
| Saint-Lô | 50 | 5,7 % | 61 % | 181% |
| Évreux | 27 | 17,0 % | 61 % | 72% |
| Bourg-en-Bresse | 01 | 17,6 % | 61 % | 86% |
| Le Grand-Quevilly | 76 | 7,1 % | 60 % | 30% |
| Échirolles | 38 | 22,7 % | 60 % | 36% |
| Chaumont | 52 | 7,8 % | 60 % | 55% |
| Châteauroux | 36 | 11,5 % | 60 % | 84% |
| Alençon | 61 | 12,1 % | 59 % | 107% |
Si la part des immigrés accédant à un logement HLM est corrélé à l’augmentation de la part de la population immigrée dans les villes, un autre indicateur peut être étudié : la part des HLM occupés par des ménages immigrés.
Cette mesure reflète une réalité différente mais pèse directement sur le consentement à l’impôt des personnes qui financent lesdits logements et, parfois, ne peuvent y avoir accès faute de places disponibles.
- Part des HLM occupés par des ménages dont la personne de référence est immigrée – communes de plus de 15 000 habitants :
| Ville | Département | Part immigrés 2022 | Part des HLM occupés par un ménage dont la personne de référence est immigrée |
| Clichy-sous-Bois | 93 | 37,3 % | 64 % |
| Carrières-sur-Seine | 78 | 15,8 % | 60 % |
| Les Mureaux | 78 | 32,5 % | 58 % |
| Mantes-la-Jolie | 78 | 30,6 % | 56 % |
| Montfermeil | 93 | 25,0 % | 56 % |
| La Courneuve | 93 | 47,6 % | 56 % |
| Oyonnax | 01 | 32,7 % | 56 % |
| Aubervilliers | 93 | 45,4 % | 56 % |
| Grigny | 91 | 38,9 % | 56 % |
| Sevran | 93 | 34,5 % | 53 % |
| Saint-Denis | 93 | 37,9 % | 53 % |
| Sarcelles | 95 | 35,4 % | 52 % |
| Épinay-sur-Seine | 93 | 35,2 % | 52 % |
| Saint-Julien-en-Genevois | 74 | 30,4 % | 52 % |
| Goussainville | 95 | 32,7 % | 52 % |
| Bobigny | 93 | 38,2 % | 52 % |
| Villeneuve-Saint-Georges | 94 | 39,5 % | 51 % |
| Bondy | 93 | 34,5 % | 51 % |
| Villiers-le-Bel | 95 | 35,3 % | 51 % |
| Garges-lès-Gonesse | 95 | 37,3 % | 50 % |
Mécaniquement, les villes dont la part de HLM occupés par des ménages immigrés est la plus forte sont également des villes dont la population immigrée est importante, 34,8% en moyenne.
Pour autant, dans ces 20 villes, ils occupent en moyenne 54% des HLM, soit une surreprésentation de 19 points.
Il est également à noter que les descendants d’immigrés de deuxième génération (non pris en compte dans ces statistiques) connaissent une surreprésentation majeure au sein du parc social, 27% d’entre eux y étant locataires17 à l’échelle du pays.
Par ailleurs, dans les villes de plus de 15 000 habitants, 29% des HLM en moyenne sont occupés par des ménages dont la personne de référence est immigrée pour une part moyenne de 15,2% d’immigrés dans lesdites communes.
Ainsi, les HLM y sont environ deux fois plus occupés par des ménages dont la personne de référence est immigrée que la part réelle de l’immigration au sein de la population.
1.3 Le travail
Les villes de plus de 15 000 habitants comportant la plus grande part d’immigrés sans emploi – ici, part des immigrés sans emploi/population de plus de 15 ans – (étudiants + retraités)18 – présentent quant à elles des taux d’immigrés au sein de leur population extrêmement variables.
Ainsi, la ville de Calais, dont 61% des immigrés ne sont pas en emploi, ne compte que 4% d’immigrés dans sa population, soit nettement moins que la moyenne française. En revanche, le 15e arrondissement de Marseille et ses 60% d’immigrés sans emploi comporte une large part de population immigrée, 27,7%.
| Ville | Département | Part des immigrés dans la population | Part des immigrés sans emploi | Part des non immigrés sans emploi |
| Grande-Synthe | 59 | 15,3 % | 66 % | 39 % |
| Calais | 62 | 4,0 % | 61 % | 37 % |
| Marseille 15e Arrondissement | 13 | 27,7 % | 60 % | 43 % |
| Alès | 30 | 9,6 % | 59 % | 38 % |
| Laon | 02 | 9,0 % | 58 % | 38 % |
| Denain | 59 | 9,9 % | 58 % | 49 % |
| Saint-Dié-des-Vosges | 88 | 11,0 % | 58 % | 35 % |
| Maubeuge | 59 | 14,0 % | 58 % | 43 % |
| Sedan | 08 | 7,4 % | 57 % | 42 % |
| Tarascon | 13 | 20,4 % | 57 % | 34 % |
| Firminy | 42 | 14,8 % | 57 % | 28 % |
| Avion | 62 | 5,6 % | 57 % | 36 % |
| Sin-le-Noble | 59 | 5,9 % | 56 % | 35 % |
| Liévin | 62 | 3,9 % | 56 % | 36 % |
| Marseille 14e Arrondissement | 13 | 21,1 % | 56 % | 41 % |
| Morlaix | 29 | 6,3 % | 56 % | 28 % |
| Béziers | 34 | 16,3 % | 56 % | 38 % |
| Perpignan | 66 | 17,8 % | 56 % | 39 % |
| Marseille 1er Arrondissement | 13 | 29,3 % | 55 % | 30 % |
| Montceau-les-Mines | 71 | 11,8 % | 55 % | 32 % |
La part moyenne des immigrés sans emploi y est de 58%, tandis que la part des non immigrés sans emploi y est de 37% en moyenne. Certes, il s’agit donc d’espaces économiquement peu dynamiques, marqués par un fort taux global d’inactivité, mais la différence de près de 20 points entre les taux d’inactivité des immigrés et des non immigrés permet d’affirmer qu’il ne s’agit pas là de la seule variable explicative.
La part de certaines origines migratoires surreprésentées dans l’inactivité pourrait se révéler une variable plus probante.
Ainsi, le 15e arrondissement de Marseille où la part des immigrés sans emploi est de 60% connaît d’importantes disparités entre les profils migratoires. 42,8% des immigrés y sont originaires d’Algérie, parmi eux 59,1% sont sans emploi. Les immigrés d’origine turque – 9,4% de l’immigration –, sont quant à eux 66,2% à être sans emploi tandis que les Portugais – 0,8% des immigrés – ne sont que 13,8% à être sans emploi.
De la même manière, le 9e arrondissement de Paris ne comprend que 21% d’immigrés sans emploi et connaît une composition migratoire extrêmement singulière. 38,2% des immigrés y sont européens et 28,9% ni africains, ni maghrébins, ni turcs, donc classés dans une catégorie « autres pays » (comprenant les Américains, les asiatiques, les océaniens et d’autres origines).
Ici, la surreprésentation de l’immigration européenne et issue des « autres pays » semble participer à la baisse du taux d’inactivité des immigrés.
Ces chiffres corroborent les statistiques nationales19 de l’emploi des immigrés ventilées par origine. Il apparaît ainsi que la composition migratoire est plus prédictive du taux d’emploi des immigrés que leur part dans la population.
2 – Quel rôle pour les collectivités
Si les communes ne disposent que de peu de moyens pour limiter les flux d’immigration, elles sont capables, dans une certaine mesure, de renforcer ou de diminuer leur attractivité migratoire.
Ainsi, elles peuvent établir des « politiques migratoires » à l’échelle locale. Le fait de proposer davantage de prestations et d’aides à destination des immigrés peut, dans un certain nombre de cas, comme le démontre une récente étude danoise20, devenir un facteur d’attractivité migratoire.
Ces dernières correspondent par ailleurs à des choix d’orientation politique de la part des collectivités lorsqu’elles choisissent d’allouer des moyens à destination exclusive des immigrés, qui ne pourront pas être alloués à l’amélioration des conditions d’existence de l’ensemble des administrés.
En effet, les collectivités ne disposent pas de moyens infinis et récriminent régulièrement contre des baisses de leurs dotations étatiques, qui les placent sous « pression budgétaire »21 – selon les termes mêmes de l’Association des Maires de France.
Dans ce cadre, des arbitrages devront être réalisés entre investissements en faveur de tous les administrés, moyens alloués aux immigrés, baisse ou maintien des impôts locaux et désendettement.
Ces arbitrages peuvent, de fait, peser sur le consentement à l’impôt des administrés dont les charges ne serviront pas à financer des services auxquels ils pourraient avoir accès, eux ou leurs familles, et qui sont parfois en proie à des manques de moyens.
2.1 Les subventions octroyées aux associations et dispositifs pro-immigration
L’action des municipalités en matière migratoire, si elle n’est que rarement directe, peut notamment se déployer au travers des subventions accordées aux associations créant des conditions favorables à davantage d’immigration.
A titre d’exemple, une ville telle que Paris finance de très nombreux projets associatifs liés à l’immigration.
Elle disposait ainsi, en 2019, d’un budget de 5,5 millions d’euros dédié à l’accueil et à l’intégration des immigrés22. En cela, elle finance des projets divers, communaux comme associatifs, allant de l’accueil effectif de personnes à diverses entreprises de sensibilisation et de formation.
Les objets des dossiers de subventions prouvent la diversité des projets mis en œuvre par ces associations.
Ainsi, en 2025, 26 000€ ont été alloués à « l’association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour » afin de mener à bien un projet d’« Accompagnement administratif, juridique, social et convivial de demandeur·ses d’asile LGBTQI+ »23. La même année, 4000€ ont été dévolus à une action de « Manger bouger multiculturel ».
Illustrant cette attractivité corrélée aux subventions associatives, la ville du Mans – ville de plus de 100 000 habitants dont la part des immigrés cru de 118% entre 2006 et 2022 – est particulièrement impliquée dans l’accueil des immigrés24 avec notamment son « Contrat Territorial d’Accueil et d’Intégration (CTAI) » signé avec les services de l’Etat. La ville a également tenu à mettre en œuvre une convention visant à « favoriser l’accès à l’emploi des migrants primo-arrivants dans le cadre des services d’aide à la personne »25.
Ce constat s’inscrit dans la droite ligne de l’article universitaire cité précédemment concernant l’effet causal de l’offre d’aides sur l’augmentation du nombre d’immigrés arrivant26.
Pour autant, au Mans, 44,9% des immigrés y sont sans emploi (35,1% en France) contre 22,4% des non-immigrés.
La ville soutient par ailleurs des associations gestionnaires de Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA)27 qui organisent, de fait, l’installation desdits demandeurs sur le territoire de la commune.
L’aide apportée par les villes aux associations gestionnaires de CADA constitue un puissant levier d’attractivité migratoire sur leur territoire dans la mesure où chaque place ouverte correspond mécaniquement à un immigré (demandeur d’asile) de plus dans la commune.
Les dispositifs municipaux et les aides fournies par la ville sont nombreux à destination des immigrés afin, notamment, de28 :
- Mettre en place des logements en cohabitation pour un accès stabilisé au logement de migrants primo-arrivants
- Favoriser la recherche et la médiation avec les propriétaires de logements privés
- Mener des ateliers d’apprentissage du français et de soutien scolaire à leur endroit
- Mettre en place un transport pour permettre la collecte de pommes dans le sud du département par des migrants réfugiés et régularisés
- Former les professionnels et bénévoles en contact avec les migrants
- Favoriser l’accès à l’emploi des migrants primo-arrivants dans le cadre des services d’aides à la personne de la ville du Mans.
Ces exemples non exhaustifs concernant la ville du Mans peuvent partiellement expliquer l’attrait majeur que représente aujourd’hui cette ville et donc aider à comprendre, conjugués avec d’autres facteurs, le doublement de sa population immigrée en 15 ans.
2.2 Le rôle du Centre communal d’action sociale (CCAS)
La politique sociale de la ville, élaborée notamment au sein de son Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) peut également jouer un rôle important dans l’attractivité migratoire de cette dernière.
Par cet organe municipal, les villes peuvent dispenser des aides nombreuses qui sont autant de facteurs d’attractivité pour les étrangers cherchant un lieu où s’établir.
D’une part, les CCAS proposent des aides à destination des plus défavorisés, sur le plan pécuniaire et parfois alimentaire. De fait, leur action se concentre autour de l’aide alimentaire, du soutien au logement et de nombreuses autres œuvres à destination de la population29.
Or, au niveau national, près de la moitié des bénéficiaires30 de l’aide alimentaire sont immigrés cette surreprésentation induit évidemment que l’action du CCAS leur bénéficie davantage (en proportion) qu’au reste de la population.
Les CCAS peuvent également proposer des aides dédiées spécialement aux étrangers ou ouvrir celles qui existent à ces derniers, créant ainsi des conditions propices à l’installation d’immigrés plus nombreux sur leur territoire.
La ville de Nantes a, via son CCAS, mis en œuvre une politique d’accueil des migrants en hébergement individuel31. La municipalité a donc en gestion propre – alors que la plupart le font par le truchement d’associations – un Centre d’hébergement pour réfugiés dont elle a par ailleurs doublé le nombre de places depuis 2015.
Les choix des villes, en matière d’allocation des deniers publics, peuvent leur permettre de les allouer prioritairement à des causes choisies. En l’espèce, le choix se porte sur les personnes immigrées et contribue, comme d’autres facteurs géographiques, économiques ou sociaux, à l’attractivité migratoire de la ville.
Poursuivant cette dynamique, la ville a créé un « Conseil Nantais pour la Citoyenneté des Etrangers » afin de favoriser leur intégration et de leur offrir les meilleures conditions d’accueil.
Nantes a d’ailleurs vu la population immigrée passer de 7,1% à 12,1% de sa population totale entre 2006 et 2022.
Les CCAS peuvent également proposer des formations aux arrivants, notamment en matière informatique32 à l’instar de la ville d’Ornans qui propose également des ateliers d’initiation.
2.2 Les autres aides matérielles dédiées aux personnes immigrées
| L’Association nationale des villes et territoires accueillants (Anvita) est une fédération de collectivités s’engageant à combattre « toute politique remettant en cause l’accueil inconditionnel » des étrangers sur le sol français – comme le résume sa charte fondatrice. Celle-ci synthétise et définit les grands principes des politiques publiques d’immigration mises en œuvre par les élus qui y sont engagés : « Nos territoires peuvent devenir refuges pour tous ceux et toutes celles qui ont besoin d’être mis à l’abri. C’est mettre en œuvre le devoir d’hospitalité en répondant d’abord et avant tout aux urgences, celles liées à l’accès inconditionnel à l’hébergement, à l’alimentation, à l’hygiène, à la santé, à l’éducation et à la culture pour répondre aux besoins vitaux. […] Nous proposons de mettre en œuvre tout dispositif permettant aux personnes, quel que soit leur statut, de vivre dignement dans nos territoires ».Parmi les métropoles régionales qui en font partie figurent notamment Nantes, Rennes, Tours ou Rouen. Mais l’Anvita intègre aussi des villes moyennes, des départements et des régions comme l’Occitanie et le Centre-Val de Loire. Les territoires concernés se distinguent notamment par la densité du tissu associatif d’accueil et de prise en charge des immigrés, spécialement ceux relevant de l’immigration familiale, de la demande d’asile ou d’une situation irrégulière, dont les actions peuvent bénéficier de subventions et concours publics significatifs. Ces réseaux de prise en charge à la lisière de la délégation de service public, de l’activisme juridique et du militantisme politique sont autant de facteurs d’attractivité pour certains des types d’immigration évoqués. |
Les municipalités peuvent, avec ou sans le concours d’associations, contribuer à l’accueil des immigrés sur leur territoire.
Les dons peuvent se présenter sous formes non-financières. Il en est ainsi de la gratuité des transports en commun pour les « personnes migrantes » mise en place par la métropole de Rouen-Normandie33. Outre le coût induit, de telles aides peuvent lourdement peser sur le consentement à l’impôt des habitants qui financent les infrastructures de transports par les impôts locaux puis leurs voyages par leurs abonnements là où les « personnes migrantes » ne participent pas nécessairement au financement. Parallèlement à cela, la ville de Rouen a vu la part des immigrés au sein de sa population doubler, en passant de 7,6 à 14% entre 2006 et 2022.
Des dispositifs d’aide peuvent également être mis en place – ou supprimés – à destination des immigrés. Il en est ainsi des séances de bibliothérapie proposées aux « personnes ayant connu un parcours migratoire » par la ville de Strasbourg34 .
De la même manière, la ville de Nantes propose un accueil de jour pour « personnes migrant.es » et octroie des soutiens financiers à deux autres structures poursuivant les mêmes buts35.
Des politiques de formation – notamment linguistiques – dédiées spécialement aux immigrés36 ainsi que divers aménagements et aides peuvent être déployés par certaines municipalités et expliquent une part de l’attrait qu’elles exercent sur les immigrés.
Ainsi, des villes dispensent, via leurs CCAS, des cours de français langue étrangère37 à destination des immigrés installés sur leur territoire, ce qui peut agir comme un facilitateur de flux migratoire.
Des dispositifs divers peuvent être mis en place afin de faciliter l’arrivée des immigrés et même, parfois, afin de leur permettre de se soustraire à des dispositifs « de droit commun » qu’ils refuseraient. Il en est ainsi des « places d’hébergement réservées aux jeunes en transit et ne souhaitant pas être pris en charge par l’ASE »38 évoquées pour la Ville de Paris.
Cela signifie concrètement que la municipalité aide une association à loger des personnes se réclamant du statut de MNA sans pour autant souhaiter bénéficier de la prise en charge afférente et donc de la scolarisation qui en découle.
La mairie a même pu acter une « simplification des démarches de demandes de régularisation pour les jeunes confiés à l’ASE » en partenariat avec la Préfecture de Police39.
De cette manière, la collectivité locale use de son poids afin d’interférer avec les décisions politiques qui, logiquement, relèvent de l’échelon national.
De nombreuses autres initiatives pourraient être citées, notamment la création d’une « maison des réfugié.e.s » destinée à devenir « un lieu ouvert à toute personne venue chercher refuge à Paris (primo-arrivants, demandeur.se.s d’asile, statutaires). [Et] aussi un lieu de rencontre entre les réfugié.e.s, les associations et les Parisien.ne.s enga gé.e.s à leurs côtés. »40.
L’ensemble de ces offres proposées à destination des immigrés, quel que soit leur statut, sont autant de signaux d’attractivité pour les villes qui les mettent en œuvre.
2.3 La politique du logement
La politique de logement peut, elle aussi renforcer l’attractivité migratoire d’une ville. A ce titre, plusieurs biais peuvent concourir à constituer dans une ville une plus forte présence de personnes immigrées que la moyenne.
D’une part, la Mairie peut, par le truchement de subventions, d’aide à l’implantation de structures associatives ou par la gestion « en propre », proposer des logements à destination des personnes immigrées.
Ainsi la ville de Montreuil dispose de « foyers et résidences sociales de travailleurs migrants »41 sous gestion associative mais disposant du soutien et d’une mise en valeur de la Mairie42. Si ces dispositifs ne s’adressent qu’à une minorité de l’immigration reçue – personnes travaillant, présentes sur le territoire de manière régulière et seules – ils constituent tout de même des centres d’attractivité, d’une part pour leurs bénéficiaires mais aussi pour les autres diasporas, dans la mesure où il est attesté que la présence d’une communauté fait augmenter la probabilité de recevoir d’autres de ses membres43. Cette notion de « chaines migratoires » est centrale pour la compréhension des flux à destination des villes attrayantes au sein desquelles des communautés sont déjà implantées.
Ces foyers de travailleurs migrants (FTM) sont des lieux d’hébergement destinés à des étrangers en situation régulière44 et vivant seuls en France. Ils sont, logiquement, des attraits majeurs pour les étrangers arrivant en France et souhaitant se loger à peu de frais.
Le parc immobilier des communes peut également être mis à contribution pour favoriser l’accueil des personnes immigrées. La ville de Paris a ainsi ouvert de nombreux centres d’hébergement et des lieux de mise à l’abri au sein de bâtiments lui appartenant45. On dénombre ainsi 4000 places d’hébergements ouvertes spécialement pour les « migrants et réfugiés » dans Paris, dont plus de 1600 ouvertes grâce à la seule mairie46.
De fait, ces dispositifs favorisent une implantation plus importante d’immigrés dans la commune.
Par exemple, le village de Soudorgues (Gard) a consacré un quart de son parc immobilier à l’accueil d’immigrés47. Pour autant, et contrairement aux motifs de revitalisation du territoire invoqués par la municipalité pour accueillir ces personnes, en 2022, 47% des immigrés de plus de 15 ans (hors retraités et étudiants) de cette commune n’étaient pas en emploi, contre 25% des non-immigrés.
La politique municipale concernant les logements sociaux s’avère être également un puissant catalyseur de présence migratoire.
Non que ce type de logement soit officiellement dédié aux étrangers mais simplement parce que ces derniers y sont dans les faits surreprésentés. En effet, les conditions d’accès au HLM correspondent pratiquement toutes à des domaines dans lesquels les immigrés sont statistiquement surreprésentés en France.
Ainsi, alors que les personnes sans ascendances migratoires sont 11% à vivre en HLM, 35%48 des immigrés occupent ce type de logement. La part augmente même nettement pour les immigrés originaires d’Afrique notamment du Sahel (Mali, Sénégal…), qui sont 57% à vivre en HLM.
Les critères tels que le niveau de revenu, la monoparentalité ou encore le nombre d’enfants conduisent mécaniquement à une surreprésentation des immigrés. En effet, là où les immigrés ont un niveau de vie médian de 21 570€ annuels, les non-immigrés en ont un supérieur de 25%, soit 27 170€49.
Dès lors, le fait d’augmenter la part de logements sociaux dans une commune conduit à l’installation quasi-inévitable d’un nombre non négligeable d’immigrés comme l’explique en détail la note du préfet Michel Aubouin à ce propos50.
Cependant, les pouvoirs municipaux concernant les HLM, leur construction et leur attribution ne sont pas absolus. En effet, la loi Solidarité et renouvellement urbain, dite SRU, impose, sous certaines conditions, des quotas de 25% (parfois 20%) de HLM dans le parc immobilier des villes51.
Il n’en demeure pas moins qu’une mairie peut faire le choix de dépasser ce quota, en accordant des permis de construire, revoyant sont PLU (qui, bien que généralement intercommunal, fait appel aux mairies) ou cédant préférentiellement des terrains ou des bâtiments à des bailleurs sociaux.
Certaines municipalités, à l’inverse, tentent de ne pas se conformer aux exigences de la loi SRU, estimant ces dernières incompatibles avec leurs projets urbains et préférant payer une amende annuelle. Il arrive, pour ce faire qu’elles ralentissent les constructions de HLM, notamment en s’opposant par des voies détournées tels que le refus d’octroi de permis de construire notamment.
2.4 Les avis du Maire sur les attestations d’accueil produites par les étrangers
Dans le cadre des articles L 313-2 du CESEDA52, le Maire doit viser les attestations d’accueil produites par les étrangers séjournant en France dans le cadre d’une visite privée ou familiale.
Ces dernières, permettant de justifier des conditions d’accueil au cours de la visite, peuvent, sur demande des maires, faire l’objet de vérifications.
De fait, il peut diligenter une vérification au domicile de l’accueillant pour s’assurer de la véracité de son accueil. Ainsi, la Mairie joue un rôle important dans le suivi de situation des étrangers présents en France.
Par ailleurs, il est en capacité de refuser de signer l’attestation pour les motifs suivants :
- L’hébergeant ne peut pas présenter les pièces justificatives requises ;
- Il ressort, soit de la teneur de l’attestation et des pièces justificatives présentées, soit de la vérification effectuée au domicile de l’hébergeant, que l’étranger ne peut être accueilli dans des conditions normales de logement ;
- Les mentions portées sur l’attestation sont inexactes ;
- Les attestations antérieurement signées par l’hébergeant ont fait apparaître, le cas échéant après enquête demandée par l’autorité chargée de valider l’attestation d’accueil aux services de police ou aux unités de gendarmerie, un détournement de la procédure.53
L’absence de cette dernière est une cause dirimante de l’obtention du titre54. Par des vérifications poussées des conditions d’accueil et du non-détournement de ce dernier, le Maire est donc en possibilité d’empêcher un certain nombre d’entrées temporaires sur le territoire qui pourraient se muer en entrées pérennes.
Par ailleurs, si le Maire n’a pas le pouvoir de refuser un mariage pour défaut de régularité du séjour des époux, celui-ci peut, en cas de doute sur un éventuel mariage blanc, s’entretenir séparément avec les deux futurs époux afin de s’assurer du consentement véritable.
Toujours dans le domaine matrimonial, l’édile est en capacité, dans le cas d’un mariage présumé blanc55, de saisir le procureur de la république tout comme dans les cas suspectés de polygamie.
Les avis consultatifs des maires ont également un poids dans certaines démarches administratives des étrangers. En effet, ces derniers étant l’échelon de pouvoir le plus proche du terrain, ils peuvent être dépositaires d’informations dont les autres ne disposeraient pas.
Il en est ainsi des demandes de regroupement familial, dont l’attribution dépend du Préfet, mais dans le cadre desquelles le Maire peut être consulté. Le cas échéant, il peut se prononcer sur les conditions de ressources et de logement de la personne suite à une visite du domicile – avec l’accord de l’intéressé – sans quoi l’habitat est réputé non conforme.
Son avis peut également être sollicité afin de s’assurer de « l’intégration républicaine »56 d’un étranger souhaitant obtenir une carte de résident portant la mention « résident de longue durée-UE ».
De fait, le Maire peut jouer un rôle de contrôle et d’alerte concernant l’installation, sur son territoire et plus largement sur le territoire national, de personnes ne respectant pas les règles de droit.
Conclusion
Rares sont les villes à n’avoir pas connu de hausse de la part de leur population immigrée : seules 32 villes de plus de 15 000 habitants ont connu des baisses ou stagnation de leur population immigrée pour 628 hausses.
Les baisses se concentrent essentiellement dans des villes en voie de gentrification et souvent déjà très marquées par le phénomène migratoire.
En revanche, des augmentations absolues considérables sont à noter dans nombre de grandes villes qui présentent pour point commun une très forte part d’immigrés dès le début de la période étudiée.
Ainsi, nombreuses sont les villes comprenant une forte part de population immigrée à avoir connu une croissance absolue de leur population immigrée très importante tandis que beaucoup de villes jusqu’alors peu sujettes au phénomène migratoire ont connu de fortes hausses relatives, particulièrement dans l’ouest du pays.
Cela tend à prouver que, hors cas particuliers, en moyenne, « l’immigration attire l’immigration » et d’autre part, que quasiment aucun espace géographique français – même le grand Ouest – n’est aujourd’hui exempt d’immigration.
Cependant, les municipalités disposent de leviers, certes marginaux, pour favoriser ou, au contraire, faire refluer le phénomène migratoire sur le territoire de leur commune.
Ces derniers passent notamment par les politiques de subvention, par les priorités d’action des CCAS ou encore par la vérification stricte des attestations d’hébergement.
L’ensemble de ces leviers conjugués peuvent accroître ou amenuir l’attractivité migratoire d’une commune.
- IPSOS, Municipales 2026 : le maire, une figure de confiance dans une démocratie fragmentée, 2025, Lien. ↩︎
- L’immigration était, aux européennes de 2024, le sujet le plus important aux yeux des électeurs Français, IPSOS, Comprendre le vote des Français, 2024, Lien. ↩︎
- Odoxa, Les Français et l’immigration, 2026,
Lien. ↩︎ - INSEE, L’essentiel sur… les immigrés et les étrangers, 2025, Lien. ↩︎
- Bruneau MichelBruneau Michel. Espaces et territoires de diasporas. In: L’Espace géographique, tome 23, n°1, 1994. pp. 5-18, Lien. ↩︎
- Clément Perarnaud, Hasnia-Sonia Missaoui, «De l’usage de la notion de réseau en sociologie des migrations», Le Carnet de l’IRMC, 19 janvier 2016, Lien. ↩︎
- Citation dans Le Figaro, 18 novembre 2022. ↩︎
- Afin d’atténuer les effets de surreprésentation qui peuvent exister sur les petits groupes notre choix s’est porté sur les villes de plus de 15 000 habitants. Seules les communes métropolitaines sont retenues dans le cadre de ce travail. ↩︎
- INSEE, Immigrés et descendants d’immigrés, 2023, Lien. ↩︎
- Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île de France, 2019, Gentrification et paupérisation au cœur de l’Ile-de-France Lien. p.51 ↩︎
- L’ensemble des valeurs sont arrondies à une décimale dans un souci de lisibilité. ↩︎
- GéoconfluenceLien. ↩︎
- Cimade, « Dispositif d’accueil des demandeurs d’asile : état des lieux 2024 », parution du 22/07/2024 : Lien. ↩︎
- Selon l’INSEE, la personne du ménage en couple, active (en emploi ou au chômage), qui a un enfant, la plus âgée Lien. ↩︎
- INSEE, Immigrés et descendants d’immigrés, 2023, Lien. ↩︎
- Ci-après, l’expression sera utilisée pour désigner « les ménages dont la personne de référence est immigrée » ↩︎
- INSEE, Immigrés et descendants d’immigrés, 2023, Lien. ↩︎
- Appelés plus tard « immigrés n’étant pas en emploi ». ↩︎
- INSEE, Inactivité, chômage et emploi des immigrés et des descendants d’immigrés par origine géographique, 2024, Lien. ↩︎
- The welfare magnet hypothesis: Evidence from an immigrant welfare scheme in Denmark, Ole Agersnap, Amalie Sofie Jensen, Henrik Kleven, 2020, Lien. ↩︎
- Association des maires de France, Les maires sous pression budgétaire face à un État centralisateur, 2024, Lien. ↩︎
- Site de la ville de Paris, Lien. ↩︎
- Paris Data, Subventions aux associations votées, Lien. ↩︎
- Préfecture de la Sarthe, CTAI Ville du Mans – Appel à projets 2025, Lien. ↩︎
- Ville du Mans, Conseil municipal du 20 mai 2021, Lien. ↩︎
- The welfare magnet hypothesis: Evidence from an immigrant welfare scheme in Denmark, Ole Agersnap, Amalie Sofie Jensen, Henrik Kleven, 2020,Que Lien. ↩︎
- Association Nelson Mandela, Lien. ↩︎
- Ouest France, Le Mans. Logement, emploi : la ville organise son soutien aux étrangers primo-arrivants, Lien. ↩︎
- UNCCAS, Qu’est ce que le CCAS ? Lien. ↩︎
- INSEE, France, portrait social, 2022, Lien. ↩︎
- Organisation pour une citoyenneté universelle, Des municipalités qui agissent, Lien. p.27 ↩︎
- Association nationale des villes et territoires accueillants, Pour une France accueillante, des territoires engagés pour inspirer des politiques locales, 2025,Lien. p.16 ↩︎
- Association nationale des villes et territoires accueillants, Pour une France accueillante, des territoires engagés pour inspirer des politiques locales, 2025, Lien. p.30 ↩︎
- Ibid. p.22 ↩︎
- Ibid. p.23 ↩︎
- Ibid. p.26 ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ville de Paris, Mobilisation de la communauté de Paris pour l’accueil et l’intégration des réfugiés, 2020, Lien.. p.30. ↩︎
- Ibid. p.31 ↩︎
- Ibid. p.39 ↩︎
- Site de la ville de Montreuil, Lien. ↩︎
- Ville de Montreuil, Budget, 2023, Lien. p.299 par exemple ↩︎
- Diasporas ou communautés transnationales, Michel Bruneau, Université de Bourdeaux, Lien. ↩︎
- République française, Lien. ↩︎
- Ville de Paris, Mobilisation de la communauté de Paris pour l’accueil et l’intégration des réfugié·e·s Bilan et perspectives 2015-2019, Lien. p.26 ↩︎
- ↩︎
- Ibid. p.27 ↩︎
- INSEE, Immigrés et descendants d’immigrés, 2023, Lien. ↩︎
- INSEE, Les revenus et le patrimoine des ménages, 2024, Lien. ↩︎
- Observatoire de l’immigration et de la démographie, Les étrangers extra-européens et le logement social en France, Michel Aubouin Lien. ↩︎
- Vie Publique, la loi SRU, Lien. ↩︎
- Légifrance, CESEDA, L-313-2, Lien. ↩︎
- CESEDA, L-313-3 ↩︎
- Ministère de la justice, Attestation d’accueil, 2025, Lien. ↩︎
- Article 175-2, Code civil, Lien. ↩︎
- CESEDA, L-413-7, Lien. ↩︎