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L’essentiel

• Entre 2000 et 2023, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont Français a baissé de 28%.

• Dans le même temps, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont nés à l’étranger hors UE a augmenté de près de 73%.

• En 2023, pour la première fois en France, plus de 30% des naissances ont été issues d’un ou deux parents nés en dehors de l’UE.

• De même, 9 naissances sur 10 d’enfants dont les deux parents sont nés à l’étranger concernent des parents nés hors de l’Union européenne.

• En 2021, les immigrées algériennes, marocaines et tunisiennes en France avaient en moyenne 2,51 par femme et les immigrées originaires de pays d’Afrique hors Maghreb avaient en moyenne 3,32 enfants par femme, soit nettement plus que les Françaises non immigrées (1,67 enfants par femme).

• En 2021, plus d’un nouveau-né garçon sur cinq (21,1%) portait un prénom d’origine arabo-musulmane. Ce taux était proche de 0% jusqu’aux années 1960.

L’évolution de la population française n’est pas uniquement déterminée par l’immigration et l’émigration mais aussi par l’évolution des naissances et des décès. 

Pour rappel : Variation de la population = solde naturel (naissances – décès) + (immigration – émigration). 

L’immigration exerce cependant une influence sur le solde naturel puisqu’une partie croissante des naissances résulte directement ou indirectement de l’immigration. Il est ainsi possible de distinguer parmi les naissances celles pour lesquelles les parents sont étrangers ou non, ressortissants de l’UE ou non, nés à l’étranger ou non. Ces informations sont notamment fournies par l’INSEE à partir de ses Statistiques de l’état civil. La première partie de l’article s’attache à présenter certains des enseignements de ces statistiques.

Sur la période récente, d’autres approches méthodologiques ont été développées pour permettre une connaissance plus fine de la natalité en France : malgré leurs forces et leurs faiblesses, celles-ci présentent un intérêt et seront abordées dans une seconde partie. 

Les statistiques et données ci-dessous présentent des flux – en l’occurrence des naissances par année. Ajoutées à celles sur les flux migratoires, elles permettent d’estimer la part de la population immigrée et d’origine immigrée (stocks).

1.1 En 2023, plus de 30% des enfants nés en France avaient un parent né à l’étranger et près d’un sixième avaient deux parents nés à l’étranger

L’ensemble des données ci-dessous sont issues des statistiques de l’état civil de l’INSEE et des documents « Naissances vivantes selon le lieu de naissance des parents (France, étranger) » et « Naissances vivantes selon le pays de naissance des parents (Union européenne à 27 ou non) » de l’INSEE1. Elles concernent la France hors Mayotte jusqu’en 2013 puis incluent Mayotte à partir de 2014.

Année de 2000 à 2023Deux parents nés en FranceAu moins un parent né à l’étrangerUn parent né en France, un parent né à l’étrangerDeux parents nés à l’étrangerDeux parents nés dans un pays de l’UE 27Deux parents nés hors UE 27
2000626 821180 584106 55574 0295 40965 821
2001620 403182 831107 08675 7455 08868 037
2002604 662188 083109 20178 8824 71271 535
2003599 822193 222112 03481 1884 88773 553
2004598 206201 155115 83385 3224 83077 695
2005599 295207 527120 25887 2694 70379 760
2006613 526215 826125 67190 1555 12182 059
2007603 536215 169125 74389 4265 20781 351
2008609 753218 651127 41691 2355 59782 646
2009601 168223 473130 82292 6515 85383 689
2010606 250226 549134 89191 6586 15882 321
2011604 077219 317119 114100 2037 23889 844
2012598 473222 574119 957102 6177 93891 676
2013583 864227 646119 643108 0038 36596 369
2014579 106239 459123 855115 6049 259102 883
2015559 021239 927121 541118 3869 919104 904
2016541 811241 829120 760121 06910 407106 984
2017527 120242 433119 021123 41210 274109 500
2018516 483242 107116 670125 43710 096111 544
2019507 928245 455116 147129 30810 070115 548
2020498 518236 678111 971124 7079 708111 249
2021508 913233 139112 587120 5529 462107 315
2022490 973235 024109 024126 0008 944113 385
2023450 077227 726102 033125 6938 238113 738

Entre 2000 et 2023, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont nés en France a baissé de 28%. Dans le même temps, le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des parents est né à l’étranger hors-UE a quant à lui augmenté de 36% et le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont nés à l’étranger hors-UE a progressé de 73%. Les graphiques ci-dessous permettent de retracer cette évolution :

Année de 2001 à 2023Deux parents nés en FranceAu moins un parent né à l’étrangerUn parent né en France, un parent né à l’étrangerDeux parents nés à l’étrangerDeux parents nés dans un pays de l’UE 27Deux parents nés hors UE 27
200077,622,413,29,20,78,2
200177,222,813,39,40,68,5
200276,323,713,8100,69
200375,624,314,110,20,69,3
200474,825,114,510,70,69,7
200574,325,714,910,80,69,9
200674,026,015,110,90,69,9
200773,726,315,310,90,69,9
200873,626,415,411,00,710,0
200972,927,115,911,20,710,1
201072,827,216,211,00,79,9
201173,326,614,512,20 ,910,9
201272,927,114,612,51,011,2
201371,928,014,713,31,011,9
201470,729,215,114,11,112,6
201570,030,015,214,81,213,1
201669,130,815,415,41,313,6
201768,531,5115,516,01,314,2
201868,031,915,416,51,314,7
201967,432,615,417,11,315,3
202067,832,215,217,01,315,1
202168,631,415,216,21,314,5
202267,632,41517,41,215,6
202366,433,615,118,51,216,8

1.2 Entre 2000 et et 2023, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont français a baissé tandis que le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des parents est étranger a quant à lui fortement augmenté


L’ensemble des données ci-dessous sont issues des statistiques de l’état civil de l’INSEE et des documents « Naissances vivantes selon la nationalité des parents (Français, étranger) et leur situation matrimoniale » et « Naissances vivantes selon la nationalité des parents (Union européenne à 27 ou non) » de l’INSEE2. Elles concernent la France hors Mayotte jusqu’en 2013 et incluent Mayotte à partir de 2014

Année de 2000 à 2023EnsembleDeux parents françaisAu moins un parent étrangerUn parent français, un parent étrangerDeux parents étrangersDeux parents de nationalité de l’UE 27Deux parents de nationalité hors UE 27
2000807 405684 681122 72470 56652 1585 78044 994
2001803 234675 184128 05073 90954 1415 35247 414
2002792 745658 465134 28078 79055 4905 03849 032
2003793 044654 357138 68782 61856 0695 06049 396
2004799 361652 828146 53388 74657 7875 05151 044
2005806 822655 455151 36794 16757 2004 96650 430
2006829 352670 735158 617100 34258 2755 39050 976
2007818 705660 630158 075101 44756 6285 48549 085
2008828 404666 399162 005105 07156 9345 89848 867
2009824 641658 821165 820108 39257 4286 19448 955
2010832 799667 707165 092110 76854 3246 42445 521
2011823 394659 834163 560105 76757 7937 32148 012
2012821 047651 577169 470108 90560 5658 05449 830
2013811 510638 576172 934109 80963 1258 65551 433
2014818 565634 027184 538115 64768 8919 75555 575
2015798 948612 877186 071114 86771 20410 56356 823
2016783 640595 784187 856113 71174 14511 12958 855
2017769 553580 453189 100113 17875 92211 08760 312
2018758 590568 714189 876111 84878 02811 14761 936
2019753 383559 049194 33411248681 84811 17865 513
2020735 196546 718188 478108 11380 36510 90064 219
2021742 052557 121184 931106 27678 65510 67662 754
2022725 997537 595188 402104 58283 82010 21568 300
2023677 803492 291185 51298 97786 5359 56171 632

Entre 2000 et 2023, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont français a ainsi baissé de 28%. Dans le même temps, le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des parents est étranger a quant à lui augmenté de 51% et le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont étrangers a progressé de 65,9%. Les graphiques ci-dessous permettent de retracer cette évolution :

Les données-ci dessous montrent ce que représentent en % les différents types de naissance. Ainsi, si 72,6% des naissances en 2023 sont le fait de parents français, 27,4% des naissances – soit le quart – sont le fait de parents dont un au moins l’un d’entre eux est étranger et 11,5% de deux parents étrangers.

Année de 2000 à 2023EnsembleDeux parents françaisAu moins un parent étrangerUn parent français, un parent étrangerDeux parents étrangersDeux parents de nationalité de l’UE 27Deux parents de nationalité hors UE 27
2000100,084,815,28,76,50,75,6
2001100,084,115,99,26,70,75,8
2002100,083,116,99,970,66,2
2003100,082,517,510,47,10,66,3
2004100,081,718,311,17,20,66,4
2005100,081,218,811,77,10,66,3
2006100,080,919,112,170,66,2
2007100,080,719,312,46,90,76
2008100,080,419,612,76,90,76
2009100,079,920,113,170,86
2010100,080,219,813,36,50,85,5
2011100,080,219,812,870,95,8
2012100,079,320,713,37,416,1
2013100,078,721,313,57,81,16,3
2014100,077,522,514,18,41,26,8
2015100,076,723,314,48,91,37,1
2016100,0762414,59,51,47,6
2017100,075,424,614,79,91,48
2018100,0752514,710,31,58,1
2019100,074,225,814,910,91,58,7
2020100,074,425,614,710,91,58,7
2021100,075,124,914,310,61,48,5
2022100,074,125,914,411,51,49,4
2023100,072,627,414,612,81,410,6
Focus : Intérêt et limites de la méthode

En ce qui concerne les naissances d’enfants dont les parents sont nés à l’étranger, il convient de préciser que cette catégorie comprend les cas d’enfants dont les parents sont nés hors UE de parents français. Cependant, a priori, seule une infime partie est concernée par cette situation, et dans tous les cas, cela ne change pas vraiment l’augmentation en pourcentage considérée (puisqu’il est improbable que la proportion d’individus nés hors de l’UE mais de nationalité française parmi les parents nés hors de l’UE ait beaucoup changé).

Il est plus intéressant de noter que, parmi les parents nés en France, certains sont eux-mêmes issus de l’immigration extra-européenne. Cela conduit à conclure que les chiffres ci-dessous sous-estiment ainsi la contribution de l’immigration à la natalité en France. En effet, d’après l’enquête Trajectoires et origines de l’INSEE entre 2006 et 2008, quand un nouveau-né avait un parent né hors de l’UE et un parent né en France, ce dernier était lui-même enfant d’immigré dans 40% des cas. Les méthodes présentées dans la seconde partie, couplée à aux données présentées ici, permet d’affiner l’analyse de la natalité en France.

Selon les travaux – relativement anciens – du démographe François Héran, professeur au Collège de France, il existait en 2014 un différentiel de fécondité notable entre les femmes non-immigrées (1,88 enfants par femme) et les femmes immigrées (2,75 enfants par femme en moyenne). Ce différentiel était particulièrement accentué dans certaines origines migratoires – toujours selon des chiffres de 2014 :

  • Les immigrées algériennes en France avaient en moyenne 3,69 enfants par femme au cours de leur vie, soit nettement plus qu’en Algérie même (3 enfants par femme).
  • Les immigrées tunisiennes avaient en moyenne 3,5 enfants par femme, soit nettement plus qu’en Tunisie même (2,4 enfants par femme).
  • Les immigrées marocaines avaient en moyenne 3,47 enfants par femme, soit nettement plus qu’au Maroc même (2,2 enfants par femme).
  • Les immigrées turques avaient en moyenne 3,12 enfants par femme, soit nettement plus qu’en Turquie même (2,1 enfants par femme).
  • Les immigrées originaires de pays d’Afrique hors-Maghreb avaient en moyenne 2,91 enfants par femme.


Selon une étude plus récente de l’INSEE (parue en février 2023)3, il existe un différentiel de fécondité notable entre les femmes non-immigrées (1,67 enfant par femme en 2021) et les femmes immigrées (2,33 enfants par femme en moyenne). Ce différentiel est particulièrement accentué dans certains groupes d’origines migratoires – chiffres 2021 :

  • Les immigrées algériennes, marocaines et tunisiennes en France ont en moyenne 2,51 enfants par femme au cours de leur vie ;
  • Les immigrées originaires de pays d’Afrique hors-Maghreb ont en moyenne 3,32 enfants par femme.
Évolution de l’ICF des femmes après ajustement, selon le pays de naissance

NB : pour ces données, l’INSEE a procédé à des « corrections » sur les indices conjoncturels de fécondité cités des femmes immigrées « afin de tenir compte de leur fécondité plus faible avant leur arrivée en France et limiter la surestimation de leur fécondité inhérente à cet indicateur lorsque seules les périodes de fécondité en France sont prises en compte »

Plus largement, à l’échelle nationale, l’INSEE estime que 39,4% des enfants de 0 à 4 ans sont issus de l’immigration sur trois générations, toutes origines confondues.4

Pour sa part, l’OCDE estime que les femmes nées en dehors de l’Union européenne avaient 3,27 enfants en moyenne au cours de leur vie en 2019 (ce qui représente l’indice de fécondité le plus élevé de toute l’Europe de l’Ouest) alors que les femmes nées en France avaient 1,66 enfants en moyenne à la même date, soit deux fois moins. 5

A ce titre, l’INSEE estime que 24,7% des enfants de 0 à 4 ans en France pour l’année 2019-2020 ont un ou deux parents immigrés, majoritairement originaires du continent africain6.

Par ailleurs, l’hypothèse selon laquelle l’installation en France incite les immigrées à faire des enfants se trouve corroborée par une récente étude de l’INSEE (parue en février 2023)7, laquelle établit que le pic des naissances chez les femmes immigrées se situe dès la première année après leur première entrée en France (voir graphique ci-dessous) : 

En raison de ces différentiels de fécondité, cumulés aux flux migratoires, on constate un changement démographique à l’œuvre dans les moyennes et grandes villes, plus amplement détaillé dans une autre note de notre Observatoire, intitulée « Immigration et démographie urbaine : ce que nous apprennent les cartes de France Stratégie ».

Les statistiques fournies par l’INSEE permettent de distinguer parmi les naissances d’enfants celles qui concernent des parents français ou non, ressortissants de l’UE ou non et celles qui concernent des parents nés à l’étranger ou non. Si d’autres pays ont des statistiques plus fines, permettant de remonter sur plusieurs générations l’origine des parents ou des grands parents, ce n’est pas le cas de la France. Plusieurs démographes – voir notamment Michèle Tribalat et Bernard Aubry8 – ont cependant tenté d’identifier dans leur travaux le rôle de l’immigration dans l’évolution de la démographie française en estimant sur plusieurs générations la part de la population d’origine immigrée, du fait de l’immigration mais aussi de la natalité. 

De façon plus sommaire, une méthode a été utilisée sur la période récente pour tenter d’analyser plus finement l’évolution des naissances en fonction de l’origine culturelle ou géographique des parents : l’usage des prénoms.

Cet outil d’analyse a été popularisé par l’analyste politique Jérôme Fourquet qui l’utilise notamment dans son dernier livre L’archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée.9 Il lui permet ainsi de montrer le poids démographique croissant des populations issues de l’immigration arabo-musulmane. Il s’agit néanmoins d’une méthode éprouvée. Si Jérôme Fourquet l’a utilisée pour la première fois dans le cadre d’un travail pour la Fondation Jean Jaurès10, la méthode onomastique a également été utilisée par Georges Felouzis en 2005 pour analyser les phénomènes de ségrégation scolaire11 ou encore par Libération en 2012 pour mettre en évidence la faible présence des personnes issues de l’immigration ou représentant la diversité parmi les membres des cabinets du gouvernement Jean-Marc Ayrault12.

La méthode utilisée par Fourquet repose sur le fait que le choix des prénoms par les familles peut servir d’indicateur pour identifier le poids des populations de différentes cultures, ici arabo-musulmane. Il est ici question de culture : non pas de religion ou de nationalité. Après avoir rigoureusement classé les prénoms selon la culture à laquelle ils appartiennent, Jérôme Fourquet dresse un tableau statistique à partir des données de l’INSEE qui permet de quantifier le nombre de nouveau-nés portant un prénom d’origine arabo-musulmane depuis 1900.

Le graphique ci-dessous représente la part de garçon portant un prénom arabo-musulman parmi les nouveau-nés garçons, année après année, depuis 190013. Ces chiffres pourraient être extrapolés chez les filles.

Extrait de L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée, de Jérôme Fourquet.

FOCUS : avantages, limites, intérêt de la méthode

L’analyse anthroponymique ci-dessus doit être correctement interprétée. Il convient de rappeler que « toutes les personnes portant un prénom originaire des mondes arabo-musulmans ne sont pas nécessairement musulmanes », comme le note Jérôme Fourquet. Par ailleurs, ces chiffres sont des tendances et ne peuvent pas être considérés comme exacts à l’unité près. Enfin, ils ne concernent ici que les prénoms arabo-musulmans : pour identifier plus largement les prénoms d’origine étrangère, il serait par exemple intéressant d’y intégrer ceux originaires d’Afrique de l’Ouest comme le fait en partie l’auteur pour les prénoms féminins (Fatoumata, Aminata, Hawa, Bintou, etc.)

L’analyse effectuée par Jérôme Fourquet présente surtout de nombreux avantages. D’abord, elle permet de suivre l’évolution des prénoms donnés depuis 1900 et permet d’identifier différentes phases comme le montre le graphique ci-dessus. Par ailleurs, la méthode utilisée est particulièrement robuste puisque l’auteur écarte de son étude un certain nombre de prénoms aux origines ambiguës ou doubles tels que Sarah – appartenant tant à la culture hébraïque qu’arabo-musulmane. Ainsi, les chiffres produits par Jérôme Fourquet sont une estimation basse. Enfin, la robustesse de la méthode utilisée s’illustre également par le fait que d’autres études avec d’autres méthodes aboutissent à des résultats équivalents. Michèle Tribalat, dans le cadre de l’enquête Teo de l’INED et de l’INSEE conduite en 2008, arrivait à une conclusion équivalente en montrant que sur la période 2006-2008, les naissances intervenues dans un foyer comptant un ou deux parent(s) musulman(s) représentaient 18% des naissances en France.
  • Bernard AUBRY et Michèle TRIBALAT, Les jeunes d’origine étrangère in Commentaire n° 126, 2009 (Lien)
  • Actes du Colloque de la Fondation Res Publica sur le thème « La baisse de la natalité et les perspectives de la démographie française », 2 avril 2019
  • Michèle TRIBALAT, Commentaire et analyse d’une note de l’INSEE sur l’évolution de la fécondité en France, 2018 (Lien)
  • Entretien Figaro Live avec le recteur Gérard-François DUMONT sur le thème « Natalité : un recul inquiétant ? » (Lien)
  1. INSEE, « Les naissances en 2023 et en séries longues » paru le 14/11/2024 (Lien↩︎
  2. INSEE, « Naissances selon la nationalité et le pays de naissance des parents. Données annuelles de 1998 à 2022 », paru le 21/02/2023 (Lien) ↩︎
  3. INSEE Première n°1939, « Combien les femmes immigrées ont-elles d’enfants ? », parution le 21 février 2023 (champ d’étude : femmes immigrées en France nées entre 1960 et 1974) : Lien ↩︎
  4. INSEE, « La diversité des origines et la mixité des unions progressent au fil des générations », paru le 5 juillet 2022 ↩︎
  5. OCDE « Les indicateurs de l’intégration des immigrés 2023 » paru le 15/06/2023 ↩︎
  6. INSEE, « Enquêtes emploi 2019-2020 – La diversité des origines et la mixité des unions progressent au fil des générations», paru le 5 juillet 2022 ↩︎
  7. INSEE, op. cit ↩︎
  8. Voir notamment Michèle Tribalat, 2009, Immigration et démographie des pays d’accueil in Christophe Jaffrelot et al., L’enjeu mondial (Presses de Sciences Po) ou Bernard Aubry et Michèle Tribalat, 2009, Les jeunes d’origine étrangère ↩︎
  9. Voir notamment la partie “Le poids démographique croissant des populations issues de l’immigration arabo-musulmane” pp 133-143 ↩︎
  10. Jérôme Fourquet, Karim vote à gauche et son voisin FN, 2015, Editions de l’Aube ↩︎
  11. Georges Felouzis, L’Apartheid scolaire. Enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges, Editions du Seuil, 2005 ↩︎
  12. Libération, “Parité, diversité…les cabinets verrouillés”, 30 mai 2012 (Lien) ↩︎
  13.  Michèle Tribalat, Assimilation : la fin du modèle français ↩︎
  14. Revue des deux Mondes, « Islam et immigration : les chiffres » Nicolas Pouvreau-Monti, septembre 2024 – Lien ↩︎
  15. Jérôme Fourquet, Métamorphoses françaises : États de la France en infographies et en images (2024) ↩︎

L’évolution de la population française n’est pas uniquement déterminée par l’immigration et l’émigration mais aussi par l’évolution des naissances et des décès. 

Pour rappel : Variation de la population = solde naturel (naissances – décès) + (immigration – émigration). 

L’immigration exerce cependant une influence sur le solde naturel puisqu’une partie croissante des naissances résulte directement ou indirectement de l’immigration. Il est ainsi possible de distinguer parmi les naissances celles pour lesquelles les parents sont étrangers ou non, ressortissants de l’UE ou non, nés à l’étranger ou non. Ces informations sont notamment fournies par l’INSEE à partir de ses Statistiques de l’état civil. La première partie de l’article s’attache à présenter certains des enseignements de ces statistiques.

Sur la période récente, d’autres approches méthodologiques ont été développées pour permettre une connaissance plus fine de la natalité en France : malgré leurs forces et leurs faiblesses, celles-ci présentent un intérêt et seront abordées dans une seconde partie. 

Les statistiques et données ci-dessous présentent des flux – en l’occurrence des naissances par année. Ajoutées à celles sur les flux migratoires, elles permettent d’estimer la part de la population immigrée et d’origine immigrée (stocks).

1.1 En 2023, plus de 30% des enfants nés en France avaient un parent né à l’étranger et près d’un sixième avaient deux parents nés à l’étranger

L’ensemble des données ci-dessous sont issues des statistiques de l’état civil de l’INSEE et des documents « Naissances vivantes selon le lieu de naissance des parents (France, étranger) » et « Naissances vivantes selon le pays de naissance des parents (Union européenne à 27 ou non) » de l’INSEE1. Elles concernent la France hors Mayotte jusqu’en 2013 puis incluent Mayotte à partir de 2014.

Année de 2000 à 2023Deux parents nés en FranceAu moins un parent né à l’étrangerUn parent né en France, un parent né à l’étrangerDeux parents nés à l’étrangerDeux parents nés dans un pays de l’UE 27Deux parents nés hors UE 27
2000626 821180 584106 55574 0295 40965 821
2001620 403182 831107 08675 7455 08868 037
2002604 662188 083109 20178 8824 71271 535
2003599 822193 222112 03481 1884 88773 553
2004598 206201 155115 83385 3224 83077 695
2005599 295207 527120 25887 2694 70379 760
2006613 526215 826125 67190 1555 12182 059
2007603 536215 169125 74389 4265 20781 351
2008609 753218 651127 41691 2355 59782 646
2009601 168223 473130 82292 6515 85383 689
2010606 250226 549134 89191 6586 15882 321
2011604 077219 317119 114100 2037 23889 844
2012598 473222 574119 957102 6177 93891 676
2013583 864227 646119 643108 0038 36596 369
2014579 106239 459123 855115 6049 259102 883
2015559 021239 927121 541118 3869 919104 904
2016541 811241 829120 760121 06910 407106 984
2017527 120242 433119 021123 41210 274109 500
2018516 483242 107116 670125 43710 096111 544
2019507 928245 455116 147129 30810 070115 548
2020498 518236 678111 971124 7079 708111 249
2021508 913233 139112 587120 5529 462107 315
2022490 973235 024109 024126 0008 944113 385
2023450 077227 726102 033125 6938 238113 738

Entre 2000 et 2023, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont nés en France a baissé de 28%. Dans le même temps, le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des parents est né à l’étranger hors-UE a quant à lui augmenté de 36% et le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont nés à l’étranger hors-UE a progressé de 73%. Les graphiques ci-dessous permettent de retracer cette évolution :

Année de 2001 à 2023Deux parents nés en FranceAu moins un parent né à l’étrangerUn parent né en France, un parent né à l’étrangerDeux parents nés à l’étrangerDeux parents nés dans un pays de l’UE 27Deux parents nés hors UE 27
200077,622,413,29,20,78,2
200177,222,813,39,40,68,5
200276,323,713,8100,69
200375,624,314,110,20,69,3
200474,825,114,510,70,69,7
200574,325,714,910,80,69,9
200674,026,015,110,90,69,9
200773,726,315,310,90,69,9
200873,626,415,411,00,710,0
200972,927,115,911,20,710,1
201072,827,216,211,00,79,9
201173,326,614,512,20 ,910,9
201272,927,114,612,51,011,2
201371,928,014,713,31,011,9
201470,729,215,114,11,112,6
201570,030,015,214,81,213,1
201669,130,815,415,41,313,6
201768,531,5115,516,01,314,2
201868,031,915,416,51,314,7
201967,432,615,417,11,315,3
202067,832,215,217,01,315,1
202168,631,415,216,21,314,5
202267,632,41517,41,215,6
202366,433,615,118,51,216,8

1.2 Entre 2000 et et 2023, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont français a baissé tandis que le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des parents est étranger a quant à lui fortement augmenté


L’ensemble des données ci-dessous sont issues des statistiques de l’état civil de l’INSEE et des documents « Naissances vivantes selon la nationalité des parents (Français, étranger) et leur situation matrimoniale » et « Naissances vivantes selon la nationalité des parents (Union européenne à 27 ou non) » de l’INSEE2. Elles concernent la France hors Mayotte jusqu’en 2013 et incluent Mayotte à partir de 2014

Année de 2000 à 2023EnsembleDeux parents françaisAu moins un parent étrangerUn parent français, un parent étrangerDeux parents étrangersDeux parents de nationalité de l’UE 27Deux parents de nationalité hors UE 27
2000807 405684 681122 72470 56652 1585 78044 994
2001803 234675 184128 05073 90954 1415 35247 414
2002792 745658 465134 28078 79055 4905 03849 032
2003793 044654 357138 68782 61856 0695 06049 396
2004799 361652 828146 53388 74657 7875 05151 044
2005806 822655 455151 36794 16757 2004 96650 430
2006829 352670 735158 617100 34258 2755 39050 976
2007818 705660 630158 075101 44756 6285 48549 085
2008828 404666 399162 005105 07156 9345 89848 867
2009824 641658 821165 820108 39257 4286 19448 955
2010832 799667 707165 092110 76854 3246 42445 521
2011823 394659 834163 560105 76757 7937 32148 012
2012821 047651 577169 470108 90560 5658 05449 830
2013811 510638 576172 934109 80963 1258 65551 433
2014818 565634 027184 538115 64768 8919 75555 575
2015798 948612 877186 071114 86771 20410 56356 823
2016783 640595 784187 856113 71174 14511 12958 855
2017769 553580 453189 100113 17875 92211 08760 312
2018758 590568 714189 876111 84878 02811 14761 936
2019753 383559 049194 33411248681 84811 17865 513
2020735 196546 718188 478108 11380 36510 90064 219
2021742 052557 121184 931106 27678 65510 67662 754
2022725 997537 595188 402104 58283 82010 21568 300
2023677 803492 291185 51298 97786 5359 56171 632

Entre 2000 et 2023, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont français a ainsi baissé de 28%. Dans le même temps, le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des parents est étranger a quant à lui augmenté de 51% et le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont étrangers a progressé de 65,9%. Les graphiques ci-dessous permettent de retracer cette évolution :

Les données-ci dessous montrent ce que représentent en % les différents types de naissance. Ainsi, si 72,6% des naissances en 2023 sont le fait de parents français, 27,4% des naissances – soit le quart – sont le fait de parents dont un au moins l’un d’entre eux est étranger et 11,5% de deux parents étrangers.

Année de 2000 à 2023EnsembleDeux parents françaisAu moins un parent étrangerUn parent français, un parent étrangerDeux parents étrangersDeux parents de nationalité de l’UE 27Deux parents de nationalité hors UE 27
2000100,084,815,28,76,50,75,6
2001100,084,115,99,26,70,75,8
2002100,083,116,99,970,66,2
2003100,082,517,510,47,10,66,3
2004100,081,718,311,17,20,66,4
2005100,081,218,811,77,10,66,3
2006100,080,919,112,170,66,2
2007100,080,719,312,46,90,76
2008100,080,419,612,76,90,76
2009100,079,920,113,170,86
2010100,080,219,813,36,50,85,5
2011100,080,219,812,870,95,8
2012100,079,320,713,37,416,1
2013100,078,721,313,57,81,16,3
2014100,077,522,514,18,41,26,8
2015100,076,723,314,48,91,37,1
2016100,0762414,59,51,47,6
2017100,075,424,614,79,91,48
2018100,0752514,710,31,58,1
2019100,074,225,814,910,91,58,7
2020100,074,425,614,710,91,58,7
2021100,075,124,914,310,61,48,5
2022100,074,125,914,411,51,49,4
2023100,072,627,414,612,81,410,6
Focus : Intérêt et limites de la méthode

En ce qui concerne les naissances d’enfants dont les parents sont nés à l’étranger, il convient de préciser que cette catégorie comprend les cas d’enfants dont les parents sont nés hors UE de parents français. Cependant, a priori, seule une infime partie est concernée par cette situation, et dans tous les cas, cela ne change pas vraiment l’augmentation en pourcentage considérée (puisqu’il est improbable que la proportion d’individus nés hors de l’UE mais de nationalité française parmi les parents nés hors de l’UE ait beaucoup changé).

Il est plus intéressant de noter que, parmi les parents nés en France, certains sont eux-mêmes issus de l’immigration extra-européenne. Cela conduit à conclure que les chiffres ci-dessous sous-estiment ainsi la contribution de l’immigration à la natalité en France. En effet, d’après l’enquête Trajectoires et origines de l’INSEE entre 2006 et 2008, quand un nouveau-né avait un parent né hors de l’UE et un parent né en France, ce dernier était lui-même enfant d’immigré dans 40% des cas. Les méthodes présentées dans la seconde partie, couplée à aux données présentées ici, permet d’affiner l’analyse de la natalité en France.

Selon les travaux – relativement anciens – du démographe François Héran, professeur au Collège de France, il existait en 2014 un différentiel de fécondité notable entre les femmes non-immigrées (1,88 enfants par femme) et les femmes immigrées (2,75 enfants par femme en moyenne). Ce différentiel était particulièrement accentué dans certaines origines migratoires – toujours selon des chiffres de 2014 :

  • Les immigrées algériennes en France avaient en moyenne 3,69 enfants par femme au cours de leur vie, soit nettement plus qu’en Algérie même (3 enfants par femme).
  • Les immigrées tunisiennes avaient en moyenne 3,5 enfants par femme, soit nettement plus qu’en Tunisie même (2,4 enfants par femme).
  • Les immigrées marocaines avaient en moyenne 3,47 enfants par femme, soit nettement plus qu’au Maroc même (2,2 enfants par femme).
  • Les immigrées turques avaient en moyenne 3,12 enfants par femme, soit nettement plus qu’en Turquie même (2,1 enfants par femme).
  • Les immigrées originaires de pays d’Afrique hors-Maghreb avaient en moyenne 2,91 enfants par femme.


Selon une étude plus récente de l’INSEE (parue en février 2023)3, il existe un différentiel de fécondité notable entre les femmes non-immigrées (1,67 enfant par femme en 2021) et les femmes immigrées (2,33 enfants par femme en moyenne). Ce différentiel est particulièrement accentué dans certains groupes d’origines migratoires – chiffres 2021 :

  • Les immigrées algériennes, marocaines et tunisiennes en France ont en moyenne 2,51 enfants par femme au cours de leur vie ;
  • Les immigrées originaires de pays d’Afrique hors-Maghreb ont en moyenne 3,32 enfants par femme.
Évolution de l’ICF des femmes après ajustement, selon le pays de naissance

NB : pour ces données, l’INSEE a procédé à des « corrections » sur les indices conjoncturels de fécondité cités des femmes immigrées « afin de tenir compte de leur fécondité plus faible avant leur arrivée en France et limiter la surestimation de leur fécondité inhérente à cet indicateur lorsque seules les périodes de fécondité en France sont prises en compte »

Plus largement, à l’échelle nationale, l’INSEE estime que 39,4% des enfants de 0 à 4 ans sont issus de l’immigration sur trois générations, toutes origines confondues.4

Pour sa part, l’OCDE estime que les femmes nées en dehors de l’Union européenne avaient 3,27 enfants en moyenne au cours de leur vie en 2019 (ce qui représente l’indice de fécondité le plus élevé de toute l’Europe de l’Ouest) alors que les femmes nées en France avaient 1,66 enfants en moyenne à la même date, soit deux fois moins. 5

A ce titre, l’INSEE estime que 24,7% des enfants de 0 à 4 ans en France pour l’année 2019-2020 ont un ou deux parents immigrés, majoritairement originaires du continent africain6.

Par ailleurs, l’hypothèse selon laquelle l’installation en France incite les immigrées à faire des enfants se trouve corroborée par une récente étude de l’INSEE (parue en février 2023)7, laquelle établit que le pic des naissances chez les femmes immigrées se situe dès la première année après leur première entrée en France (voir graphique ci-dessous) : 

En raison de ces différentiels de fécondité, cumulés aux flux migratoires, on constate un changement démographique à l’œuvre dans les moyennes et grandes villes, plus amplement détaillé dans une autre note de notre Observatoire, intitulée « Immigration et démographie urbaine : ce que nous apprennent les cartes de France Stratégie ».

Les statistiques fournies par l’INSEE permettent de distinguer parmi les naissances d’enfants celles qui concernent des parents français ou non, ressortissants de l’UE ou non et celles qui concernent des parents nés à l’étranger ou non. Si d’autres pays ont des statistiques plus fines, permettant de remonter sur plusieurs générations l’origine des parents ou des grands parents, ce n’est pas le cas de la France. Plusieurs démographes – voir notamment Michèle Tribalat et Bernard Aubry8 – ont cependant tenté d’identifier dans leur travaux le rôle de l’immigration dans l’évolution de la démographie française en estimant sur plusieurs générations la part de la population d’origine immigrée, du fait de l’immigration mais aussi de la natalité. 

De façon plus sommaire, une méthode a été utilisée sur la période récente pour tenter d’analyser plus finement l’évolution des naissances en fonction de l’origine culturelle ou géographique des parents : l’usage des prénoms.

Cet outil d’analyse a été popularisé par l’analyste politique Jérôme Fourquet qui l’utilise notamment dans son dernier livre L’archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée.9 Il lui permet ainsi de montrer le poids démographique croissant des populations issues de l’immigration arabo-musulmane. Il s’agit néanmoins d’une méthode éprouvée. Si Jérôme Fourquet l’a utilisée pour la première fois dans le cadre d’un travail pour la Fondation Jean Jaurès10, la méthode onomastique a également été utilisée par Georges Felouzis en 2005 pour analyser les phénomènes de ségrégation scolaire11 ou encore par Libération en 2012 pour mettre en évidence la faible présence des personnes issues de l’immigration ou représentant la diversité parmi les membres des cabinets du gouvernement Jean-Marc Ayrault12.

La méthode utilisée par Fourquet repose sur le fait que le choix des prénoms par les familles peut servir d’indicateur pour identifier le poids des populations de différentes cultures, ici arabo-musulmane. Il est ici question de culture : non pas de religion ou de nationalité. Après avoir rigoureusement classé les prénoms selon la culture à laquelle ils appartiennent, Jérôme Fourquet dresse un tableau statistique à partir des données de l’INSEE qui permet de quantifier le nombre de nouveau-nés portant un prénom d’origine arabo-musulmane depuis 1900.

Le graphique ci-dessous représente la part de garçon portant un prénom arabo-musulman parmi les nouveau-nés garçons, année après année, depuis 190013. Ces chiffres pourraient être extrapolés chez les filles.

Extrait de L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée, de Jérôme Fourquet.

FOCUS : avantages, limites, intérêt de la méthode

L’analyse anthroponymique ci-dessus doit être correctement interprétée. Il convient de rappeler que « toutes les personnes portant un prénom originaire des mondes arabo-musulmans ne sont pas nécessairement musulmanes », comme le note Jérôme Fourquet. Par ailleurs, ces chiffres sont des tendances et ne peuvent pas être considérés comme exacts à l’unité près. Enfin, ils ne concernent ici que les prénoms arabo-musulmans : pour identifier plus largement les prénoms d’origine étrangère, il serait par exemple intéressant d’y intégrer ceux originaires d’Afrique de l’Ouest comme le fait en partie l’auteur pour les prénoms féminins (Fatoumata, Aminata, Hawa, Bintou, etc.)

L’analyse effectuée par Jérôme Fourquet présente surtout de nombreux avantages. D’abord, elle permet de suivre l’évolution des prénoms donnés depuis 1900 et permet d’identifier différentes phases comme le montre le graphique ci-dessus. Par ailleurs, la méthode utilisée est particulièrement robuste puisque l’auteur écarte de son étude un certain nombre de prénoms aux origines ambiguës ou doubles tels que Sarah – appartenant tant à la culture hébraïque qu’arabo-musulmane. Ainsi, les chiffres produits par Jérôme Fourquet sont une estimation basse. Enfin, la robustesse de la méthode utilisée s’illustre également par le fait que d’autres études avec d’autres méthodes aboutissent à des résultats équivalents. Michèle Tribalat, dans le cadre de l’enquête Teo de l’INED et de l’INSEE conduite en 2008, arrivait à une conclusion équivalente en montrant que sur la période 2006-2008, les naissances intervenues dans un foyer comptant un ou deux parent(s) musulman(s) représentaient 18% des naissances en France.
  • Bernard AUBRY et Michèle TRIBALAT, Les jeunes d’origine étrangère in Commentaire n° 126, 2009 (Lien)
  • Actes du Colloque de la Fondation Res Publica sur le thème « La baisse de la natalité et les perspectives de la démographie française », 2 avril 2019
  • Michèle TRIBALAT, Commentaire et analyse d’une note de l’INSEE sur l’évolution de la fécondité en France, 2018 (Lien)
  • Entretien Figaro Live avec le recteur Gérard-François DUMONT sur le thème « Natalité : un recul inquiétant ? » (Lien)
  1. INSEE, « Les naissances en 2023 et en séries longues » paru le 14/11/2024 (Lien↩︎
  2. INSEE, « Naissances selon la nationalité et le pays de naissance des parents. Données annuelles de 1998 à 2022 », paru le 21/02/2023 (Lien) ↩︎
  3. INSEE Première n°1939, « Combien les femmes immigrées ont-elles d’enfants ? », parution le 21 février 2023 (champ d’étude : femmes immigrées en France nées entre 1960 et 1974) : Lien ↩︎
  4. INSEE, « La diversité des origines et la mixité des unions progressent au fil des générations », paru le 5 juillet 2022 ↩︎
  5. OCDE « Les indicateurs de l’intégration des immigrés 2023 » paru le 15/06/2023 ↩︎
  6. INSEE, « Enquêtes emploi 2019-2020 – La diversité des origines et la mixité des unions progressent au fil des générations», paru le 5 juillet 2022 ↩︎
  7. INSEE, op. cit ↩︎
  8. Voir notamment Michèle Tribalat, 2009, Immigration et démographie des pays d’accueil in Christophe Jaffrelot et al., L’enjeu mondial (Presses de Sciences Po) ou Bernard Aubry et Michèle Tribalat, 2009, Les jeunes d’origine étrangère ↩︎
  9. Voir notamment la partie “Le poids démographique croissant des populations issues de l’immigration arabo-musulmane” pp 133-143 ↩︎
  10. Jérôme Fourquet, Karim vote à gauche et son voisin FN, 2015, Editions de l’Aube ↩︎
  11. Georges Felouzis, L’Apartheid scolaire. Enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges, Editions du Seuil, 2005 ↩︎
  12. Libération, “Parité, diversité…les cabinets verrouillés”, 30 mai 2012 (Lien) ↩︎
  13.  Michèle Tribalat, Assimilation : la fin du modèle français ↩︎
  14. Revue des deux Mondes, « Islam et immigration : les chiffres » Nicolas Pouvreau-Monti, septembre 2024 – Lien ↩︎
  15. Jérôme Fourquet, Métamorphoses françaises : États de la France en infographies et en images (2024) ↩︎